HUMILIATION DE TIGRANE
et d'un de ses affluents , dominées respectivement par les forteresses sœurs de Seusamora et d'Harmozica (1).
Tels étaient les nouveaux amis que Mithridate cherchait à s'attacher pour arrêter au pied du Caucase le flot de l'invasion romaine. Il eut peu de peine à gagner à sa cause des peuples naturellement jaloux de leur indépendance et qu'inquiétait la présence de l'étranger à leur frontière. Mithridate avait d'ailleurs, dès le commencement de son règne, conclu avec les Ibères un traité de commerce et d'amitié (2). Depuis lors, Ibères et Albans étaient entrés dans l'allégeance de Tigrane, mais à l'heure actuelle l'empire arménien n'existait plus, et du même coup ses anciens vassaux avaient recouvré la liberté de leurs alliances. En effet, pendant que le roi de Pont fuyait au delà du Phase, Pompée avait occupé l'Arménie sans coup férir. Des sources de FEuphrate, il descendit dans la vallée de FAraxe et marcha droit sur Artaxata sous la conduite du jeune Tigrane. Aucune résistance ne fut opposée. A quinze milles de sa capitale, le vieux Tigrane se présenta aux portes du camp romain et vint se jeter en suppliant aux pieds de Pompée. Il fut reçu en roi et traité avec une clémence inattendue : à la vérité , on lui enleva toutes ses conquêtes , le fruit de trente années de guerres , et on lui imposa une indemnité de 60,000 talents (36 millions) , mais il garda l'Arménie et fut admis au nombre des <.< amis et alliés du peuple romain ». C'était peut-être de la générosité , mais c'était surtout de la politique : Rome ne pouvait souhaiter de client plus docile, de gardien plus fidèle de sa nouvelle frontière orientale que ce vieux despote démoralisé, humilié, affaissé, qui témoigna d'emblée sa reconnaissance par d'abondantes largesses au général et aux soldats.
Restait à régler le sort du jeune Tigrane. Si celui-ci avait compté recevoir la couronne des mains de Pompée, il fut cruellement déçu : pour prix de sa trahison, on lui offrit le maigre
(1) Pour tout ce tableau, voir Strabon, XI, 3 et 4, qui a dû tirer la plupart de ses renseignements de Théophane et accessoirement du rapport (de Dellius?) sur l'expédition de Canidius, lieutenant d'Antoine. Lanciers ibères : Plut., Luc. 31. Provinces ibères conquises par les Arméniens : Strabon, XI, 14, 6. Dans Strabon XI, 3, 5 les mots eut tw 'Apâyw sont évidemment corrompus et n'auraient pas dû induire en erreur Ch. Muller et Kie- PERT. L'affluent anonyme doit être la rivière d'Akhalkalaki ; cf. Keinegg, Description du Caucase, II, 89; Klaproth, Voyage au Caucase,!, 518.
(2) Memnon, c. 30.