PIIRAATE TROMPÉ ET BAFOUÉ
apanage de la Sophène (1); encore exigea-t-on qu'il vidât au préalable les gazophylacies de sa principauté afin de payer la rançon de son père. Le petit-fils de Mithridate se révolta contre un traitement qui lui semblait le comble de Tingratitude; il prit même vis-à-vis de Pompée une attitude si insolente que le général romain finit par le jeter aux fers. C'était une violation du droit des gens et une injure gratuite adressée au roi des Parthes, qui réclama son gendre; mais de ce côté encore, Pompée fut aussi hautain après la victoire qu'il avait été auparavant souple, insinuant et prodigue de promesses. Malgré les protestations de Phraate, le jeune Tigrane, sa femme et ses enfajjts furent expédiés à Rome pour figurer dans le cortège triomphal; la Sophène fut rattachée à la Cappadoce, dont le roi reçut ainsi la garde des deux rives de l'Euphrate. Quant à Phraate, il ne devait pas tarder à être complètement édifié sur les bienfaits de l'alliance romaine. Pendant les deux années suivantes, Pompée ne négligea pas une occasion de l'humilier; il lui refusa le titre de roi des rois, fit occuper, au nom de Tigrane, la Gordyène, que les Parthes réclamaient , laissa ses lieutenants promener leurs troupes à travers la Mésopotamie , au mépris du traité qui assurait à Phraate la frontière de l'Euphrate; enfin il reçut des envoyés et des présents des rois d'ÉIymaïde et de Médie, vassaux du Parthe, qui médi-# talent probablement de secouer le joug. Phraate, ainsi joué, dut se souvenir avec amertume des paroles prophétiques de Mithridate l'exhortant, dans son propre intérêt, à ne pas trahir la cause commune des rois de l'Orient, tous également menacés par l'ambition de Rome (2).
Les légions de Pompée prirent leurs quartiers d'hiver à l'extrême frontière de l'Arménie, sur les bords du Cyrus. Le roi des Albans, Oroizès, pressenti par Pompée, lui promit le passage pour la prochaine campagne ; le roi des Ibères, Artocès, en fit autant.
(1) Appien ajoute la Gordyène et la fait passer ensuite à Ariobarzane, contre toute vraisemblance.
(2) Je ne fais que résumer ces événements, qui ne regardent pas directement Mithridate. Pour l'entrevue entre Pompée et Tigrane, voir Appien, Mith. 104; Piutarque, Pomp. 33; Dion XXXVI, 52; Cicéron, Pro Sestio, XXYII, 58 (paraphrasé par Valère Maxime V, 1, 9) ; Eutrope YI, 13. Pour les chiffres des gratifications allouées aux troupes romaines, Piutarque est d'accord avec Strabon XI, 14, 10 (50 drachmes aux simples soldats, 1,000 aux centurions, 6,000 aux tribuns) ; Appien s'est donc trompé en attribuant aux tribuns 10,000 dr. Un erreur bien plus grave de cet auteur est de placer la campagne de Pompée en Arménie après sa campagne au Caucase.