‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 321 sur 417 · POMPÉE EN COLCHIDE · texte numérisé non relu

POMPÉE EN COLCHIDE

L'armée victorieuse , reprenant enfin la poursuite de Mithridate , quitta le bassin du Cyrus pour celui du Phase. La route, fréquentée par les caravanes qui transitaient entre la Caspienne et l'Euxin, courait entre des murailles de granit rongées par les torrents et franchissait sur 120 ponts les méandres du Phase supérieur. Après une marche de quatre jours, Tannée romaine atteignit la plaine de la Colchide, au-dessous de la forteresse de Sarapané, et descendit le long du fleuve jusqu'au port de Phasis où l'escadre de Servilius avait jeté l'ancre. Là on apprit que la bête qu'on relançait était depuis longtemps hors d'atteinte.

Mithridate et son armée avaient passé l'hiver de 66/5 à Dioscurias. C'était, on s'en souvient, un emporium assez considérable , où les pauvres tribus du haut pays venaient échanger leurs produits entre elles ou avec les marchands grecs de la côte; on y entendait parler plus de 70 dialectes, on y employait 300 interprètes (1). Nul doute que le roi n'ait profité de l'heureuse situation de la vieille colonie milésienne pour nouer des relations avec les chefs des nombreuses peuplades dont il lui fallait emprunter le territoire pour gagner le Bosphore. Après l'échec de la diversion d'Oroizès et d'Artocès, il ne restait, en effet, à Mithridate d'autre parti à prendre que de reconquérir coûte que coûte le royaume de Macharès. Le difficile était d'y arriver. La voie de mer était fermée par l'escadre romaine; la voie de terre passait, non sans raison, pour impraticable. Cette route, ou pour mieux dire ce marchepied, longeait pendant près de 700 kilomètres (1.000 stades) le rivage de la mer Noire, surplombé d'un bout à l'autre parla muraille du Caucase. Ici la montagne tombe à pic dans la mer, ailleurs elle projette entre les courtes vallées, où rugissent les torrents côtiers, des promontoires massifs, comme autant de cloisons infranchissables; où cesse la falaise commence le marais. La sauvagerie des naturels s'harmonisait avec l'àpreté des lieux. Les tribus échelonnées le long de cette côte, ou blotties dans les anfractuosités de la montagne voisine, étaient les plus barbares de l'Asie. On leur attribuait à tort ou à raison le cannibalisme (2), les sacrifices hu-

qui aidèrent Cicéron à étouffer la conjuration de Catilina (Salluste, Cat. 30, 42 et 45.) Cicéron, dans le Pro Flacco, ne rappelle pas cet épisode de la vie de son client, mais il ne faut pas oublier que le début de ce discours est mutilé.

(1) Strabon XI, 2, 16.

(2) Aristote, Polit. VIII, 4, 4.

Page 1