‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 322 sur 417 · RETRAITE DE MITHRIDATE LE LONG DU CAUCASE · texte numérisé non relu

RETRAITE DE MITHRIDATE LE LONG DU CAUCASE

mains (1). L'organisation politique était primitive : une poussière de clans, peu à peu agglomérée en petits royaumes. Peu ou point d'agriculture; nul commerce. L'étranger étaitun ennemi, et malheur au voyageur que la tempête jetait sur ces côtes inhospitalières! La chasse et la pèche nourrissaient seules ces pauvres montagnards et les nourrissaient mal ; aussi plusieurs tribus cherchaient-elles dans la piraterie un supplément de ressources. Jaillissant de leurs criques rocheuses — les seuls ports de la contrée — les corsaires Achéens, montés sur leurs fmes et rapides camares, qui renfermaient chacune 25 hommes , fondaient sur les rares navires de commerce qui se risquaient en vue de leurs observatoires, pillaient les villes ouvertes, emmenaient des otages et ne les relâchaient que moyennant de lourdes rançons : trafic lucratif, dont on soupçonnait certains marchands bosporans de prendre leur part. L'hiver venu , les pirates tiraient leurs pirogues à terre et les portaient au fond des bois (2). Aucune exploration n'avait encore visité, aucune armée n'avait franchi ces « barrières de la Scythie » ; toutes les grandes migrations préhistoriques ou historiques qui ont traversé le Caucase semblent avoir passé par l'ouverture centrale de la chaîne, le col de Dariel (Portes caucasiques), ou l'avoir contournée à son extrémité orientale. Seul Mithridate avait osé un jour conduire une armée dans ces parages, mais on sait que les Achéens la détruisirent. Ce que le roi n'avait pu accomplir au faite de sa puissance , avec toutes les ressources de deux riches royaumes, allait- il y réussir maintenant, où vaincu, proscrit, fugitif, il lui restait pour toute finance les trésors qu'il portait avec lui, pour toute armée la poignée de transfuges et de mercenaires que la nécessité enchaînait à sa fortune?

La foi soulève les montagnes; elle permet aussi de les franchir. La petite armée, conduite par son roi presque septuagénaire, partit de Dioscurias , et traversa de gré ou de force le territoire des Suanes et des Cercètes, voisins immédiats de cette ville. La nation suivante, celle des Hénioques, qui avait alors quatre chefs décorés du nom de rois, fit bon accueil aux fugitifs. Quant au territoire des Zyges , il fallut renoncer à s'y frayer un passage ; la montagne et les hommes étaient trop farouches. Alors on ramassa

(1) Appien, Mlth. 102.

(2) Strabon XI, 2, 12. Cf. Ammien XXII, 8, 25. Des camares vient le prétendu peuple des Camarites chez Denys le Périégète et Mêla.

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