RECONQUÊTE DU BOSPHORE; FIN DE MACHARÈS
quelques camares le long de la côte, on y embarqua les troupes, et, en rasant le littoral , pour n'être pas aperçu de la croisière romaine, on atteignit la contrée des Achéens. Là il fallut culbuter quelques bandes de barbares avant de franchir les dernières ramifications du Corax. L'armée, arrivée au terme de cette prodigieuse retraite, déboucha victorieuse, mais harassée, dans les plaines basses de la Sindique, au seuil du royaume du Bosphore (1).
Il n'y avait pas un instant à perdre si Ton voulait surprendre Macharès et l'écraser avant qu'il pût organiser la résistance. Mithridate parcourut lui-même la côte orientale de la Palus-Méotide, appelant aux armes ses anciens vassaux , les princes des tribus méotiennes, distribuant à tous de l'or, promettant aux plus puissants ses filles en mariage. Telle était l'auréole qui , après tant d'années d'absence et de défaites, entourait encore ce vieux soldat, que les barbares accoururent en foule sous ses drapeaux. De leur côté les populations bosporanes commencèrent à s'agiter. Macharès était alors à Phanagorie, sur la côte asiatique du Bosphore. Il envoya à son père une ambassade suppliante ; il demandait grâce, rejetait la faute sur les événements. Mithridate ne voulut rien entendre et lança une proclamation mettant à prix la tête de son fils. Le malheureux prince s'enfuit alors à Panticapée, en brûlant sa flotte pour retarder la poursuite. Mais Mithridate eut bientôt fait de réunir une escadre dans les ports de la rive orientale, franchit le détroit et parut sous les murs de la capitale. Macharès, abandonné de tous, comprit que son rôle était fini et se jeta sur son épée. Panticapée ouvrit ses portes (2). La répression fut, en somme, assez clémente : seuls les vrais coupables , les conseillers placés auprès du jeune prince par Mithridate et qui avaient trahi sa confiance, furent mis à mort; le reste, qui n'avait fait que suivre l'impulsion, fut épargné. En quelques semaines, l'autorité du roi fut rétablie sur tout le territoire bosporan aussi solidement que dix ans auparavant. Pour la seconde fois, la fortune avait, comme par miracle, rendu un royaume à Mithridate (65 av. J.-C).
(1) Strabon XI, 2, 13; Appien, Mith. 101. Suivant Strabon, les Achéens se montrèrent de bonne composition ; suivant Appien , il faillit les battre.
(2) Suivant Dion XXXVI, 60, Macharès fut tué par ses C( amis », sur la foi des promesses de Mithridate.