POMPÉE CHEZ LES ALBANS
Pompée apprit, en arrivant à Phasis, la direction qu'avait prise le fugitif. Quelques jours lui suffirent pour reconnaître qu'il y aurait folie à continuer une chasse hasardeuse à travers un labyrinthe de populations hostiles, de montagnes sauvages et de pays inconnus : Fespoir douteux de s'emparer d'un gibier royal ne valait pas le risque de perdre la plus belle armée de Rome dans les neiges du Caucase. Sourd aux conseils perfides comme aux murmures de l'amour-propre militaire, Pompée chargea son escadre de surveiller et de bloquer les côtes de la mer Noire, puis, prétextant un soulèvement, probablement imaginaire, des Albans, il se décida à ramener son armée sur le Cyrus (1). Au lieu de la voie courte, mais pénible, de Sarapané, il fit , cette fois , un grand circuit par le littoral et les monts d'Arménie; ce fut, sans doute, pendant cette marche aventureuse que la tribu des Heptacomètes , dans le Paryadrès oriental , détruisit trois cohortes romaines après les avoir grisées avec du miel d'azalées (2). L'armée romaine parut à l'improviste sur le Cyrus et en força le passage, malgré les pieux que les barbares avaient semés dans le lit du fleuve; elle franchit ensuite, non sans peine, en se faisant accompagner de dix mille outres d'eau, le steppe aride que traverse l'inutile Cambyse. L'armée albane attendait de pied ferme derrière FAlazon ou Abas. A la vue des Romains, les barbares, croyant n'avoir à faire qu'à une avantgarde de cavalerie, chargèrent impétueusement et poursuivirent sans ordre; mais ils se virent tout à coup enveloppés par l'infanterie qui s'était dissimulée, genou à terre, dans un pli du terrain (3). Le frère du roi Oroizès, Cosis, tomba de la main même de Pompée; l'armée barbare, complètement débandée, s'enfuit dans les forêts où Pompée fit mettre le feu, et des milliers d'archers ennemis périrent dans les flammes. Les Albans, ainsi que quelques tribus voisines, firent alors leur soumission, et reconnurent, du moins pour la forme, la suzeraineté de Rome.
Pompée, satisfait d'avoir vengé le guet-apens des Saturnales et reconnu l'importante voie commerciale de l'isthme cauca-
(1) Plutarque {Pomp. 35), qui suit aveuglément Théophane, mentionne ce soulèvement, mais Dion, XXXVII, 3 , n'en parle pas et laisse entendre clairement que Pompée prit les Albans en traître , après les avoir ressurés par un traité simulé.
(2) Strabon XII, 3, 18.
(3) Frontin, Strat. II, 3, 14.