DERNIÈRES NÉGOCIATIONS AVEC POMPÉE
Pour la seconde fois depuis dix ans, Rome partageait la peau de Tours avant de l'avoir abattu , mais cette fois elle pouvait le faire en toute sécurité; Mithridate n'était-il pas séparé de ses anciens États par toute Fétendue de la mer Noire, que la flotte de Servilius parcourait en maîtresse? Du fond de sa citadelle du Bosphore, le vieux roi, inexpugnable, mais paralysé, apprenait, avec une rage impuissante, la chute de ses dernières forteresses, la confiscation de ses trésors, la trahison de sa femme, la mort de sa fille préférée, le morcellement de ses provinces héréditaires. Il lui en coûtait de renoncer à l'espoir de revoir les villes où dormaient ses aïeux, la patrie où le ramenaient tous les souvenirs de sa jeunesse, la terre où fumait encore, dans le cœur de ses sujets, un brasier d'amour pour leur roi légitime. Dans le courant de l'année 64, il abaissa sa fierté jusqu'à faire à Pompée de nouvelles et modestes propositions de paix : il offrait de recevoir l'investiture de ses anciens États à titre de client et tributaire de Rome. Pompée savait trop comment Mithridate entendait les obligations de la clientèle pour lui rendre, de gaieté de cœur, le fruit d'une aussi laborieuse conquête. Qui pouvait garantir que le jour, prochain peut-être, où l'incurie du Sénat ou les dissensions intestines des Romains entraveraient de nouveau les forces de la République, le vieux lutteur ne se jetterait pas pour la quatrième fois sur l'Asie dégarnie ou complice? Pompée se contenta de répondre qu'avant toute discussion au fond, il fallait que Mithridate vînt en personne faire sa soumission, en d'autres termes se rendre à merci. Mithridate n'était pas un Tigrane et il n'avait pas appris tant d'histoire pour recommenoer l'aventure de Persée; il offrit d'envoyer à sa place quelqu'un de ses fils ou de ses amis. Pompée refusa la substitution, et les négociations en restèrent là.
Le général romain, s'il était résolu à ne pas ramener lui-même Mithridate à Sinope , ne se souciait pas davantage de courir après lui jusqu'à Panticapée. En dépit des stratégistes du forum, dont
polis, Diospolis, Zéla, Mégalopolis, Nicopolis). — NiESE, Rh. Muséum, XXXVIII, 577, donne une liste des onze cités qui diffère sur deux points de la mienne : 1° sur le littoral, il ajoute Tiéon et Héraclée ; 2° à l'intérieur, il omet Aciasie (qui serait restée une simple bourgade) et Nicopolis , qu'il compte dans l'apanage de Déjotaros. Mais Héraclée était en ruines, Tiéoc comptait à la Bithynie. Au lieu de Nicopolis on pourrait à la rigueur songer à (Jamisa (Strabon, XII, 3, 37 fin).