ARMEMENTS DE MITHRIDATE
les clameurs parvenaient jusqu'à lui , en dépit des scrupules de ses propres lieutenants, pour qui la guerre n'était pas finie tant que Mithridate restait debout, il quitta le Pont au début de Tété 64 pour aller régler les affaires très embrouillées de Syrie et cueillir, au sud de TAmanus et jusqu'au fond du Liban, de faciles lauriers. Il chargeait sa flotte de surveiller étroitement la Chersonèse Taurique, avec défense aux navires marchands de forcer le blocus, sous peine de mort. « Je laisse à Mithridate, dit-il en partant, un ennemi plus redoutable que moi-même : la famine (1). » Plaisante façon d'affamer un ennemi que de l'enfermer dans un grenier à blé! Mais le blocus des côtes de la mer Noire, s'il n'affamait pas Mithridate, n'en causait pas moins au commerce Bosporan de graves préjudices; un tremblement de terre désastreux, qui survint dans le courant de cette même année 64, accrut encore les souffrances et le mécontentement de ces malheureuses populations (2).
Mithridate était tout entier à ses armements. Grâce à une activité prodigieuse, en réquisitionnant jusqu'au dernier sou et jusqu'au dernier homme, en enrôlant jusqu'aux esclaves, il réussit j à mettre sur pied, vers la fm de l'année 64, une nouvelle armée et une nouvelle flotte de guerre. L'armée était forte de 36,000 hommes d'élite, répartis en 60 cohortes; ils étaient armés, équipés, instruits à la romaine; on n'attendait plus que les contingents irréguliers. Le but de ces armements colossaux commençait à n'être plus un mystère pour personne. Il ne s'agissait de rien moins, dans la pensée de Mithridate, que de reprendre un rêve peut-être déjà caressé dans sa jeunesse, de profiter de l'absence des légions de Pompée , perdues au fond de la Syrie , pour prendre l'offensive contre l'Italie. A la tête de son armée bosporane, qu'allaient bientôt rejoindre les contingents de ses alliés scythes et méotiens, le vieux roi se proposait de longer le rivage septentrional de l'Euxin, entraînant sur sa route les Sarmates et les
(1) Plutarque, Pomj). 39; Appien, Mtth. 107. Appien se trompe, selon moi, en plaçant l'ambassade de Mithridate pendant le séjour de Pompée en Syrie c( à une époque où Pompée ignorait que le roi fût encore en vie » (oùx aiaôav6(jL£vov aOxoO TtepiévTo;).
(2) Dion XXXVII, 11 ; Orose VI, ô : Tn Bosporo Mithridate Cerealia sacra célébrante , terrae motus, etc.. Si les Cerealia bosporanes coïncidaient avec les Cerealia romaines, il s'agit du mois d'avril; si elles coïncidaient, au contraire, avec les grandes Eleusiniennes attiques, il s'asib du mois d'octobre. Sur le culte de Déméter au Bosphore, voir Antiquités du Bosphore cimmérien , inscription n^ 8.