‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 331 sur 417 · COMPLOT ET RÉVOLTE DE PHARNACE · texte numérisé non relu

COMPLOT ET RÉVOLTE DE PHARNACE

Mithriclate, Macharès, Xipharès avaient souffert la mort par son ordre ; il venait d'en perdre quatre autres , vendus par les traîtres aux Romains. Toute son affection , toutes ses espérances s'étaient reportées sur Pharnace, qui rappelait son père par ses talents militaires et son indomptable énergie. Pharnace, alors âgé d'environ trente-cinq ans, et depuis longtemps proclamé héritier du trône, n'eut pas la patience d'attendre la mort de son père. Un complot fut découvert , et les aveux arrachés par la torture aux complices du prince ne permirent aucun doute sur sa culpabilité. Cependant la tendresse paternelle et les instances d'un ministre indulgent, Ménophane, l'emportèrent, dans cette unique occasion, sur la raison d'État : Mithridate fit grâce à son fils, et, persuadé qu'une fois en route l'armée retrouverait sa cohésion et son élan d'autrefois, ne s'occupa plus que de hâter les préparatifs de l'expédition.

Mais si Mithridate avait pardonné, Pharnace, lui, n'avait renoncé ni à ses craintes ni à ses espérances. On était alors au printemps de l'année G3 av. J-C. (1); il restait quelques jours à peine avant la date fixée pour le départ : Pharnace résolut de risquer tout pour avoir tout. Une nuit, il se rend dans le camp des émigrés romains, leur fait un tableau effrayant des souffrances et des misères qui les attendent, s'offre à se mettre à leur tête et les décide sans peine à l'acclamer pour chef. Des émissaires parcourent, en même temps, les autres camps et la flotte. A l'aurore, les conjurés poussent une clameur; la masse, encore indécise et flottante, se laisse entraîner, et le cri de la sédition rebondit de proche en proche, grossit d'écho en écho, et roule enfin comme un arrêt de mort indistinct et formidable jusqu'aux portes du palais où Mithridate dormait encore. Il s'éveille en sursaut et envoie des courriers demander la cause du tumulte; on leur répond crûment que le règne de Mithridate est fini, qu'il faut faire place à un roi plus jeune. Ce n'était pas la première fois que le roi avait à combattre une émeute. Confiant, jusqu'au bout, dans son prestige et dans son étoile, il monte à cheval pour

(1) Orose VI, 5 et Dion XXXVII, 10 indiquent le consulat de Cicéron comme date de la mort de Mithridate et cette époque est confirmée par Cicéron lui-même : au mois de janvier 63, Mithridate vivait encore (De lege agraria, I, 2, 6 ; II, 19, 51) ; au mois de décembre il était mort {Pro Ifurena, XVI, 34). Les supplications furent décrétées sur la motion de Cicéron {Dejyrov. consul. XI, 27).

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