MORT DE MITHRIDATE
ouvrit la poignée, richement ornée, de son cimeterre et en tira un poison violent qui ne le quittait jamais. Auprès de lui se trouvaient deux de ses filles , Mithridatis et Nysa, fiancées, depuis dix ans , aux rois d'Égypte et de Chypre. Quand elles virent leur père préparant la coupe empoisonnée (1), elles demandèrent à la partager avec lui. Il fit droit à leur prière, et la première gorgée les étendit mortes; mais, lorsque le vieillard vida la coupe à son tour, soit que la dose fût trop faible, soit que son corps, comme on le prétendit, eût été endurci par l'usage quotidien des antidotes, la vie refusa de s'échapper. Vainement il voulut se jeter sur son épée : son bras déjà engourdi retomba à son côté. Cependant, dehors, l'émeute grondait toujours; la soldatesque déchaînée massacre les messagers du roi, massacre ses gardes même qui sortaient du palais pour faire leur soumission. Le flot humain bat le mur d'enceinte : un moment encore et les portes vont être forcées. Angoisse suprême : qui viendra le premier, de Pharnace ou de la mort? Alors Mithridate avise un de ses gardes les plus dévoués, le Gaulois Bituit (2), et le supplie de l'achever. Fidèle jusqu'au bout à la consigne, le soldat tire l'épée et frappe. Le vieillard roule dans son sang. L'instant d'après, les satellites de Pharnace font irruption dans la salle et ne trouvent plus qu'un cadavre encore palpitant qu'ils défigurent à coups de piques et de glaives (3).
Ainsi périt Mithridate Eupator, dans la soixante - neuvième année de sa vie et la cinquante-septième de son règne.
La nouvelle de sa mort fut accueillie dans le monde romain avec un profond soupir de soulagement.
(1) Tite-Live, fr. 25 : quod cum diluisset.
(2) Ce nom est écrit Bitoitoç (Appien), Bitœtus (Liv. ep. 102), Bisthocus (Gralien, De theriaca , ad Pîsonem , p. 468), Sithocus (Z)e vir. ill.). La forme Bituit, attestée en Gaule (Strabon IV, 2, 3; Posidonius, fr. 25 ; Liv. ep. 61, etc.), paraît seule correcte, malgré les monnaies avec BITOrKOC (?), Saulcy, Rev. num.., 1866, p. 3 suiv.
(3) Appien, Mith. 110-112, récit détaillé et qui ne tombe dans la rhétorique qu'à la fin (discours du roi à Bituit) ; Dion XXXVII, 12-18 (enjolivements, massacre général du ha-