SYLLA
peuple sur la liste des vaincus de Pompée. L'ambassade de pure politesse envoyée par le satrape-roi de Médie, Darius (Plutarque, Pomp. 36), devenait une expédition épique en Médie, couronnée le 50*^ jour par la prise d'Ecbatane (1). L'hommage du pacifique roi de Gommagène, Antiochus, qui avait déjà fait sa soumission à Lucullus (Dion Gassius XXXVI, 4), se transformait en une défaite de ce prince par Pompée, suivie d'un pardon généreux (Appien, Mith. i06). Grâce à cette accumulation systématique de mensonges, il est devenu à peu près impossible de reconstituer le détail des campagnes orientales de Pompée; par un juste retour de la destinée, les fanfaronnades du faux grand homme ont obscurci sa gloire devant la postérité.
L) Auteurs conteniporaim.
Romaim.
3. Les Mémoires du dictateur Sylla (138-78 av. J.-G.), en 22 livres, achevés par son affranchi Gornelius Epicadus et publiés par Lucullus, auquel ils étaient dédiés. G'était la source capitale pour l'histoire militaire de la première guerre des Romains contre Mithridate (2). Gette guerre formait le centre de la composition : le livre X racontait la bataille de Ghéronée (Plutarque, Sylla^ c. 10). Le récit des opérations militaires, particulièrement détaillé, paraît avoir été digne de foi, tant que l'honneur, le génie ou l'étoile de l'auteur n'étaient pas directement en cause. Mais Sylla voulait passer devant la postérité, comme devant les contemporains , pour un favori des dieux et surtout de la Fortune : il se complaisait dans le récit des prodiges qui avaient annoncé ses victoires ; il insistait sur la foi due aux songes, aux présages (Plut. Sylla, 6; Lucullus, 23). En matière de chiffres, il continuait le système fantasmagorique des bulletins : à Ghéronée , il prétend avoir eu à combattre 120,000 Asiatiques (le double, probablement, du chiffre véritable) et n'avoir perdu que 14 hommes de son armée : « encore deux revinrent-ils le soir. » De même il niait contre toute évidence la trahison d'Archélaos à Délion, qui aurait pu diminuer sa propre gloire (Plut., Sylla, c. 23). En somme, ces Mémoires, précieux pour les hommes du métier, présentaient le caractère d'une œuvre de parti, d'une apologie perpétuelle, qui n'aurait dû être consultée qu'avec précaution. Plutarque en a tiré sans grande critique toute la substance de sa Vie de Sylla, .
(1) Orose YI, 6, 4 ; Appien, Jlith. lOG, dont l'embarras pour expliquer les causes de cette expédition imaginaire est vraiment comique; Yelleius Paterculus II, 40.
(2) Fragments chez Peter, Historicorum Romanoruin fragmenta (2* éd.)^ p. 127 sq. Je citerai désormais cet ouvrage sous le titre de Peter.