‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 342 sur 417 · RUTILIUS · texte numérisé non relu

RUTILIUS

particulièrement pour la guerre mithridatique. Tite-Live devait aussi avoir largement puisé dans les Mémoires du dictateur, tout en les contaminant avec d'autres sources; en effet, chez les auteurs qui dérivent de Tite-Live (Appien, Eutrope, Orose) les chiffres donnés pour les batailles de Ghéronée et d'Orchomène sont presque identiques à ceux de Plutarque, et la marche des négociations avec Archélaos est présentée à peu près de la même manière.

4. P. Rutilius Rufus (environ 158-77 av. J.-C). Les Mémoires de Sylla ne racontaient en détail que les événements de la guerre mithridatique auxquels il avait été personnellement mêlé , c'est-à-dire les campagnes de Grèce. Pour les événements d'Asie Mineure, la meilleure, ou plutôt la seule narration romaine était l'autobiographie de Rutilius [De vita sua, en 5 livres au moins) (1). La célèbre victime des publicains avait composé ces Mémoires dans sa studieuse retraite de Smyrne, oii Gicéron lui rendit encore visite en 78. Toute l'histoire de l'Asie romaine depuis quinze ans s'était passée sous ses yeux : légat du proconsul Scévola, il vit de près et tâcha d'enrayer les excès des publicains, cause principale de la révolution asiatique; proscrit et fixé d'abord à Mitylène, il fut témoin de la catastrophe de l'an 88, du meurtre d'Aquilius, des vêpres éphésiennes, auxquelles il n'échappa qu'en échangeant la toge contre le manteau grec. De Smyrne, sa patrie d'adoption, il vit le déclin de la popularité de Mithridate, les complots et les insurrections, le retour victorieux des aigles romaines. En 85 il servit d'intermédiaire officieux à Sylla dans ses négociations avec Fimbria (Appien, Mith. 60), mais il refusa le rappel que Sylla lui offrait pour prix de ses services (Quintilien XI, i, 12) et put encore assister à l'agonie financière de la malheureuse province qu'il avait tant aimée.

Rutilius était donc un témoin très bien informé; c'était, en outre, un témoin impartial, véridique (cpiXaÀriOriç, Plut. Marins, 28), d'une intégrité au-dessus de l'éloge (2). Bien que les fragments de ses Mémoires soient trop insignifiants pour se prêter à des rapprochements décisifs, on ne saurait douter que Tite-Live ne les eût pris pour guide dans son récit des événements d'Asie Mineure, de 88 à 85. Tite-Live, en effet, estimait fort Rutilius (ep. 70); il le cite quelque part à côté de Polybe (XXXIX, 52,1, à propos de la date de la mort de Scipion) ; à plus forte raison avait-il dû s'attacher à lui dans une partie de l'histoire qui n'avait pas eu d'autre témoin oculaire de nationalité romaine. Le récit de Tite-Live est perdu, mais on verra tout à l'heure qu'Appien nous en a conservé la substance

(1) Peter, p. 120 sq. ou Muller, F. H. G. III, 199. Quant à V Histoire romaine de Rutilius, en grec, il n'est pas probable qu'elle descendît jusqu'à la guerre mithridatique : la dernière date certaine est l'année 100 av. J.-C. (Plut. Marins , 28)-

(2) Velleius II, 13, 2 : virum, non seculi sui, sed omnis œvi optimum.

QUADRIGARIUS; SISENNA.

et, par suite, celle des Mémoires de Rutilius, qu'il n'a sans doute pas consultés directement (1). C'est à cette source que remontent, par exemple, l'histoire de la conspiration formée contre Mithridate par deux bourgeois de Mitylène et deux Smyrniotes [Mith. 48) — précisément les deux résidences successives de Rutilius — et celle de la dissolution de l'armée fimbrienne, où Rutilius joua un rôle [Mith. 60).

5. Les abrégés d'histoire romaine ou universelle par Hortensius, Atticus (2), Népos, Yarron, etc., les annales de Tanusius Geminus (3) ne méritent pas de nous arrêter, mais il faut faire une place aux deux principaux annalistes de l'époque de Sylla : Valerius Antias et Q. Claudius Quadrigarivs (4). L'ouvrage du premier, si connu par ses fantaisies en matière de chiffres, ne comprenait pas moins de 73 livres, et quoi^ que la dernière date certaine des fragments soit l'année 91 av. J.-C. (Pline XXXIV, 14), il est probable que Valérius était descendu jusqu'aux guerres sociale et mithridatique. De Quadrigarius on peut l'affirmer : Aulu-Gelle nous a conservé un fragment du livre XIX (l'ouvrage entier en avait au moins 23) relatif au siège du Pirée (5) (fr. 81 Peter = A. Gell. XV, 1, 3), et un autre fragment (fr. 84 = Orose V, 20, 6) se rapporte à la bataille de Sacriport (82 av. J.-G.). Tite-Live a largement utilisé ces deux annalistes dans les parties conservées de son Histoire ; il est donc à présumer qu'il ne les avait pas négligés dans ses Mithridatiqnes; mais, auprès de Sylla et de Rutilius , ce devaient être de médiocres autorités.

6. L'ouvrage de Sisenna (119-67 av. J.-G.) était beaucoup plus détaillé que ceux des annalistes ci-dessus, puisqu'il racontait, en au moins 23 livres (fr. 132 Peter), l'histoire d'une douzaine d'années seulement : bellum civile Sullanumqve (Velleius, H, 9,1); il faut entendre par là l'insurrection italienne, la première guerre mithridatique et la guerre civile qui aboutit à la dictature de Sylla. Les fragments (fr. 127, 128) prouvent que le récit des événements d'Orient était entrelacé à celui des affaires d'Italie et qu'à l'exemple de Thucydide l'auteur avait distribué ca narration par « étés » et « hivers » : je soupçonne que chaque semestre remplissait un livre. Sisenna, au dire de Gicéron, était supérieur à tous ses

(1) Cependant Appien cite quelque part Rutilius (Hisj). 88); mais c'est son Histoire romaine et non ses Mémoires.

(2) La chronique de ce dernier comprenant une durée de 700 ans (Cic, Orat. 34, 120) descendait certainement jusqu'à la mort de Mithridate.

(3) Il faut rendre à cet annaliste le prétendu fragment de Gabinius (Peter, p. 372) sur Sertorius. Cf. Niese, Bh. Muséum, XXXVIII, 600.

(4) Peter, p. 13G et 151 sq. Licinius Macer ne paraît pas avoir touché à cette époque.

(5) On remarquera que dans ce fragment les adversaires de Sylla sont appelés Graeci et non pas Cappadoces comme chez les historiens postérieurs. Le ce candide )) Quadrigarius (Aulu- Gelle) ne savait rien encore de la légende philhellénique d'après laquelle les Grecs n'auraient embrassé le parti de Mithridate que contraints et forcés.

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