CORNÉLIUS NÉPOS, VARRON
leux historique pour lequel Salluste professait autant de mépris que son modèle, Thucydide; Tauteur ne cherchait l'effet que dans la force et la vérité des tableaux. Au point de vue purement littéraire, les Histoires étaient, de l'aveu général des juges anciens, le chef-d'œuvre de Salluste et de l'historiographie romaine : que ne donnerions-nous pas pour avoir conservé le portrait de Mithridate tracé par le peintre de Jugurtha (1)! Au point de vue scientifique, une critique sévère aurait peutêtre trouvé bien à redire. Salluste, qui n'était pas un érudit de profession et qui travaillait en grand seigneur sur les notes de ses secrétaires, avait néanmoins le goût des remarques et des digressions érudites, géographiques surtout, que lui reproche Licinianus (2); dans ces hcrsd'œuvre les erreurs n'étaient pas rares : en voici quelques exemples. Salluste attribuait la fondation du royaume de Pont à Artabaze, fils de Darius (II, 53 Kritz) ; il affirmait que les Romains avaient aperçu pour la première fois des chameaux pendant le siège de Gyzique (III, 30), oubhant, comme le fait observer Plutarque, les campagnes contre Antiochus; il identifiait la Bithynie avec la Grande Phrygie (III, 43), tirait l'Euphrate et le Tigre d'une même montagne (IV, J2), faisait d'Anacréon un natif de Téion en Paphlagonie (III, 44), vieillissait Mithridate de cinq années (V, 4), etc. Malgré ces méprises de détail et bien d'autres , sans doute, Salluste était, en somme , la meilleure autorité pour l'histoire des campagnes de Lucullus. C'est avec raison que Plutarque l'a pris pour guide dans sa Vie de Lucullus, et Dion Cassius lui-même, ordinairement fidèle à Tite-Live, paraît avoir préféré Salluste dans celte partie de son récit.
8. Cornélius Népos (environ 94-24 av. J.-C.) avait fait une place à Lucullus dans sa galerie d'hommes célèbres , intitulée De viris illustrihvs (au moins 16 livres), qui a inspiré les Vies parallèles de Plutarque. Cette biographie n'est connue que par une citation de Plutarque [Lucullus, c. 43 = fr. H Peter) ; elle doit avoir été courte et insignifiante, comme les Vies des grands capitaines grecs qui nous sont parvenv^es. Pline reproche à Népos sa crédulité [Hist. nat. V, 1, 4); en outre, comme Tite- Live, il portait trop de patriotisme dans l'histoire.
9. Parmi les biographes latins de Pompée, dont le nombre doit avoir été légion, nous ne connaissons que l'affranchi L. Voltacilius Plotus (Suétone, De gramm. 27) qui écrivit également une vie de Pompée le père, et le célèbre Varron (116-27 av. J.-C), auteur de 3 livres De Pompeio. Dans cet ouvrage et dans deux autres compositions historiques (De sua vita libri IlL, Legationum libri III) Varron devait raconter
(1) Il en subsiste un reflet dans Velleius Paterculus II, 18. Voir Woelfflix, Hennés ^ IX. 254, et supra, Préface , p. II, note 1.
(2") P. 42, Bonn : dat in censuvi loca , montes ,Jlumina,