EUTROPE; OROSE
judicieux des faits historiques. Son chapitre consacré aux guerres mithridatiques (1 , 40, Bellum mithridaticum) présente , à côté de détails insignifiants choisis pour leur intérêt anecdotique ou pittoresque, des lacunes singulières : toute la guerre de Muréna, les campagnes de Lucullus dans le Pont e^ l'Arménie , etc. Des confusions et des doublets révèlent un travail hâtif et superficiel (1); des erreurs aussi grossières que la reconquête de l'Eubée placée avant la bataille de Ghéronée doivent être le fait de l'abréviateur plutôt que de son modèle.
V Abrégé (Breviarium) d'Eutrope (2) est d'un style moins brillant que celui de Florus, mais le choix des détails dénote un auteur plus sensé; l'exécution est soigneuse, l'ordre chronologique scrupuleusement observé. Les paragraphes consacrés aux guerres mithridatiques (V, 5-7, Sylla; VI, 6-9, Lucullus; VI, 12-14, Pompée) donnent, en somme, un bon aperçu du sujet, et les erreurs d'Eutrope sont, pour la plupart, celles de Tite-Live, qu'il n'a fait que résumer (3). Cependant on peut lui reprocher d'avoir placé la prise de Sinope et d'Amisos avant la bataille de Gabira, et d'avoir présenté d'une façon par trop sommaire la fin de la campagne de Lucullus : Lucullo paranti, capta JSisibi^ contra Persas {= Parthos) expeditionem, successor est missus.
Orose (4), plus détaillé que ses deux devanciers, est moins consciencieux qu'Eutrope et moins éloquent que Florus. La guerre mithridatique, ou, comme il s'exprime, « le fléau de la guerre mithridatique » occupe une dou?aine de pages de son Historia adversus paganos (VI, 2-5). Pour la première guerre, jusqu'à la bataille d'Orchomène, Orose s'est contente de consulter Eutrope et Florus (5). Il comprend mal ses sources , faute d'avoir une connaissance générale du sujet , et ses additions sont ordinairement des erreurs : par exemple, quand il appelle Mithridate rex Pontiatque Armeniœ, quand il fait régner Nicomède en Paphlagonie, ou transforme les Asiatiques en bourreaux involontaires et récalcitrants de leurs hôtes. A partir de 85 jusqu'à la fin de son récit, Orose est remonté à la source première, Tite-Live, ou peut-être à une édition abrégée de cet auteur, la même probablement qui a servi au rédacteur
(1) L'épisode du mulet chargé d'or, par lequel Mithridate retarde la poursuite de ses vainqueurs , est placé à Cyzique , au lieu de Cabira ; le passage de l'Euphrate sur des pontons est attribué à Pompée au lieu de Lucullus ; le roi d'Albanie , Oroizès , se dédouble en un Horolès d'Albanie et un Oroizès de Colchide, etc.
(•2) Je cite d'après l'éd. Ruehl (Teubner, 1887).
(3) Suidas s. v. KaTiuwv : [xexàîf pacytv xriç s7i:ito[jl^î EùtpoTïio'J pcop-aiati è7iiT£[x.6vTOç Aiêtov Tov "^PwfjLaïov. Capiton n'est pas le seul auteur grec qui ait traduit Eutrope; une grande partie du Breviarium a passé littéralement dans la ChvGmfjue de Jean d'Antioche (cf. F. H. G. lY, 635).
(4) Édition critique par Zangemeister dans le Corpus scriptorum ecclesiasticorum de Vienne (1882).'
(5) ï'iorus d'ailleurs ne lui a fourni que le septemplex murus du Pirée.