TROGUE-POMPÉE , JUSTIN
des développements de rhétorique : verbosum in historia negleyentemque, comme disait si bien l'empereur Caligula (Suét., Caius, 34). Si mutilée que soit la tradition authentique des guerres mithridatiques, nous pouvons, dans quelques cas, prendre sur le fait les procédés de travail de Tite-Live. Que l'on compare, par exemple, le fragment d,e Salluste (III, 20) relatif au messager envoyé par Lucullus aux Gyzicéniens pour leur annoncer son arrivée , et les récits , de provenance livienne , du même événement chez Florus, Frontin (III, 13, 6), Sidoine Apollinaire, Orose : on sera frappé de la quantité de traits nouveaux , évidemment imaginaires , que Tite-Live avait ajoutés au sobre récit de son devancier. Son goût pour le merveilleux l'entraîne à insérer dans une histoire sérieuse des fables poétiques : apparitions effrayantes au début de la première guerre mithridatique et pendant le siège du Pirée (Obsequens, c. 56), préservation miraculeuse du Palladium d'Ilion (fr. 17, Weissenborn ; Aurélius Victor, Obsequens), prodiges survenus pendant le siège de Gyzique (Obsequens, c. 60), etc. Trop souvent son patriotisme obscurcit son jugement : il dissimule les échecs des Romains ou les trahisons qui leur livrent la victoire (Archélaos) , il exalte outre mesure leurs succès — par exemple, la bataille de l'Arsanias (fr. 23 Weissenborn) qui fut, en réalité , une victoire à la Pyrrhus, — il accepte , sans contrôle , les indications d& chiffres fantastiques données par Sylla, Lucullus (fr. 22 W. sur Tigranocerte), et, chose plus grave encore, les mensonges des placards triomphaux de Pompée. Qui croira qu'Orose ait tiré de son cru la légende de l'expédition de Pompée contre les Parthes et de son entrée triomphale dans Ecbatane?
On comprend, dès lors, que les bons juges de l'antiquité aient été de l'avis de Quintilien, qui plaçait Salluste, comme historien, au-dessus de Tite-Live. Aussi Plutarque, dans sa Vie de Lucullus, a-t-il pris pour guide Salluste et non Tite-Live, et l'on peut en dire autant de Dion Gassius, dans la partie de son sujet qui avait été traitée également par les deux historiens. En revanche , la grande majorité des abréviateurs romains à partir de Florus suivent aveuglément Tite-Live, et, sauf Salluste , les historiens antérieurs ont été en quelque sorte annulés par la majestueuse compilation du rhéteur de Padoue. Même les auteurs grecs ont souvent préféré Tite-Live aux sources helléniques, mieux informées cependant et plus impartiales : on verra qu'Appien reproduit Tite-Live pour les campagnes de Sylla, que Dion Gassius le copie pour celles de Pompée.
19. Trogue Pompée y contemporain de Tite-Live, avait composé sous
faisant assister Mithridate à la bataille de Tigranocerte, etc.. La chronologie (autant que nous pouvons la restituer par les Periochae et les abréviateurs) fourmillait de menues erreurs, qu'il serait trop long d'énumérer ici.