‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 356 sur 417 · TIMAGÈNE, DIODORE · texte numérisé non relu

TIMAGÈNE, DIODORE

rendent visite à Sylla pendant son séjour en Asie (et non pendant sa campagne de Gappadoce), Lucullus est gouverneur d'Asie (au lieu de Gilicie) , Pompée soumet les Mèdes, etc. Le mérite le plus sérieux de ce résumé c'est de n'être jamais pris dans Tite-Live; pour s'en assurer, il suflit de voir en quels termes Velleius parle de Pompée et de la loi Manilia (c. 33).

Grecs.

Dans ce siècle les monographies historiques sont rares; la mode en Grèce est aux grandes synthèses, simples chroniques comme celle de Denys d'Halicarnasse, ou Histoires générales comme celles que nous allons passer en revue.

21. Timagène (1) d'Alexandrie, contemporain de Pompée, de Gésar et d'Auguste, était l'historien grec le plus apprécié à Rome dans les premiers temps de l'empire : Quintilien le regarde comme le restaurateur de l'histoire éloquente. De son vivant, son érudition, son talent de déclamateur et surtout son redoutable franc-parler, qui dégénérait parfois en esprit de dénigrement, l'avaient rendu célèbre dans la société romaine où il vécut. Malheureusement, il reste si peu de chose de ses œuvres qu'on ne peut même pas apprécier l'influence qu'elles ont exercée sur les historiens postérieurs. Son principal ouvrage paraît avoir été intitulé Les Rois{Wt^\ BaaiXswv, Étienne de Byzance s. v. MiXuai) et embrassait, ce semble, toute l'histoire d'Alexandre et de ses successeurs jusqu'à l'extinction des dynasties macédoniennes , sous forme de biographies. Mithridate avait sans doute sa place dans cette galerie, mais aucun fragment conservé ne se réfère à lui. Peut-être le Mithridate de Timagène a-t-il servi de base au récit de Trogue Pompée (voir supra, n° 19).

22. La Bibliothèque historique de Diodore de Sicile (en 40 livres) descendait jusqu'à la conquête des Gaules par Gésar et embrassait par conséquent toute l'histoire de Mithridate; mais la partie de l'ouvrage qui raconte cette histoire (livres 36 à 40) s'est perdue, sauf des fragments peu nombreux. Les plus importants se rapportent au conflit des ambassadeurs de Mithridate avec Saturninus (XXXVI, 15 Didot), à la bataille navale contre les Rhodiens (XXXYII, 28), aux pillages de Sylla (XXXVIII, 7), aux méfaits de Fimbria (ib. 8), au siège de Gyzique (Fragments de l'Escurial, n° 23 = F.H.G. II, p. xxiv), au triomphe de Pompée (XL, 4). Diodore a sans doute emprunté à Posidonius la plupart de ses renseignements sur les débuts de Mithridate ; pour le triomphe de Pompée, il transcrit une copie d'une tablette votive. Pour le reste,

(1) Fnigmentp cliez Mi j.lek, III, ;J17 sq.

NICOLAS, STRARON.

il est impossible do déterminer ses sources, qui ne devaient ôlro ni bien nombreuses, ni bien profondes.

23. La compilation de Diodore eut surtout du succès à l'époque byzantine; chez les Alexandrins, depuis Strabon et Josèphe jusqu'à Athénée, on préférait l'ouvrage analogue, mais plus détaillé, du péripatéticien Nicolas de Damas (1), le secrétaire d'Hérode. Cette histoire universelle (laxopta xaôoXixr^) en 144 livres, entreprise à la demande d'Iîérode, descendait jusqu'à l'époque contemporaine, où elle prenait une valeur originale; pour les temps plus anciens, Nicolas, qui écrivait vite, avait travaillé à coups de ciseaux. L'histoire de Mithridate, dont il reste quelques maigres fragments, occupait tout ou partie des livres 100 à 110. Au début (comme le prouve le fr. 79 Miiller) Nicolas s'était attaché à Posidonius. Plus tard (fr. 73, 75, 87) le nom de Nicolas est associé à celui de Strabon, sans qu'on puisse affirmer au juste lequel des deux historiens avait consulté l'autre : en effet, si la Géographie de Strabon est certainement postérieure à l'Histoire de Nicolas, qui s'y trouve citée (XV, 1, 72), il n'en résulte pas que cette Histoire, œuvre de la vieillesse de Nicolas (fr. 4), fût antérieure aux Mémoires historiques de Strabon , qui parurent avant la Géographie : les deux philosophes avaient d'ailleurs à peu près le même âge (Nicolas paraît être né en 64 av. J.-G., Strabon en 63) (2). Je croirai pluôt que Nicolas s'est servi de Strabon que Strabon de Nicolas.

24. Strabon d'Amasie (63 av. — 23 ap. J.-C,) mérite, à notre point de vue, une place d'honneur parmi les historiens de cette époque. Non seulement il avait dû porter dans l'histoire les mêmes qualités de savoir et de talent qui ont fait le succès durable de sa Géographie, mais encore il était particulièrement bien situé pour recueillir sur l'époque de Mithridate les informations les plus authentiques. Natif du Pont, où il passa la plus grande partie de sa vie, il appartenait du chef de sa mère à une famille originaire d'Amisos qui avait joué un rôle considérable sous les derniers Mithridate; il comptait parmi ses ancêtres Dorylaos l'ancien, général d'Évergète , Dorylaos le jeune, favori d'Eupator, Lagétas et Stratarque, fils de Dorylaos qui vécurent à la cour du même roi, enfin Tibios et son fils Théophile , traîtres mis à mort par Mithridate à la veille de l'invasion de Lucullus, et Moapherne (fils de Lagétas?), gouverneur de la Colchide sous le même règne. Le grand-père de Strabon avait également exercé un commandement important sous Mithridate et finit par livrer à Lucullus, contre des promesses sans lendemain, 15 gazophylacies confiées à sa garde. Strabon n'avait donc qu'à interroger les vieillards de son entourage — il se souvenait d'avoir, dans son

(1) Fragments chez Muller III, 343 sq. ou DiNnORF, HlM. grœci minores, I, 1 -153.

(2) Sur la date de la naissance de Strabon, voir Niese, Rh. Muséum, XXXVIII, 567.

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