‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 360 sur 417 · PLUTARQUE : VIE DE LUCULLUS · texte numérisé non relu

PLUTARQUE : VIE DE LUCULLUS

plus ancien et le plus diligent, au poifit de le transcrire parfois littéralenient (i). Ainsi Salluste, fr. lll, 14 Rritz = Plutarque, Luc. 9,1 ; Sali, fr. III , 16 = Luc. 9, 3 ; fr. IV, 1 = Luc. 15 ; fr. IV, 2 = Luc. 19 ; fr. IV, 6 = Luc. 18 (2) ; fr. IV, 7 = Luc. 21 ; fr. IV, 9 (Dietsch, fr. V, 6) = Plut. Lmc. 33. La contre-épreuve n'est pas moins concluante : on chercherait vainement la moindre trace de contradiction entre Plutarque et les débris du récit de Salluste ; celles qu'on a relevées ne reposent que sur des méprises (3). Quand Plutarque se sépare de son guide habituel, il prend soin de l'indiquer, comme dans la question des chameaux aperçus pour la première fois àCyzique; son observation n'aurait même guère de sens si elle ne sous-entendait qu'ew général il a suivi Salluste; c'est le cas de dire : l'exception confirme la règle. Pour compléter la démonstration, on peut faire observer que Plutarque contredit nettement Tite- Live sur quelques détails essentiels : ainsi Tite-Live avait fait assister Mithridate à la bataille de Tigranocerte (Orose VI, 6; Frontin II, 1, 14; II, 2, 4); Plutarque, conformément à la vérité et à Salluste (Lettre de Mithridate à Arsace, § 15) laisse à ïigrane seul la responsabilité de cette journée. La manière même dont Plutarque cite Tite-Live , comme en note et inter ceteros, à propos de la bataille de Tigranocerte , fournit un dernier argument et non le moins décisif en faveur d'une opinion qui ne devrait plus rencontrer de contradicteur (4).

Plutarque a donc emprunté à Salluste le fond de son récit, mais le fond seulement, car il n'est pas croyable que les nombreux prodiges dont il a émaillé sa biographie proviennent de cette source : en sa qualité d'imitateur de Thucydide, Salluste dédaignait le merveilleux; Plutarque en raffole. On pourrait supposer que pour ces embellissements , du moins, Plutarque s'est adressé à Tite-Live, très friand d'or-

(1) En ce sens Peter, Sallust und Plutarch, Mélanges Ritschl, 1867, II, 455-466; A. Gleitsmann, De Plutarchi in Luculli vita fontibus ac fide y diss. Munich, ]883. D'après Lauer, De scriptoribus beJIi mithridatici tertii, prog. Wetzlar, 1871, Plutarque aurait suivi Tite-Live. Je ne connais pas le programme de Schacht, Die Haujjtqitelh Plutarchs in der Vita Luculli, Lemgo, 1884.

(2) Ce parallélisme est peut-être le plus probant de tous ; je le reproduis : Salluste : Tenuit Lucullus thesauros ^ custodias régis.

Plutarque : ©yxiaupou; ts (JLeyàÀouç eupe xai Ô£(7[j.ooTi^pia.

(3) Ainsi Lauer, o;>. cit., oppose le récit de Plutarque sur le massacre du harem de Phamacie au fragment de Salluste (II, 65 Kritz) : Mithridates et fratrem et sororem inter- Jicijussit. Il n'a pas fait attention qu'il ne s'agit pas chez Salluste du même événement, mais de supplices qui appartiennent aux premières années du règne de Mithridate, et que l'auteur rappelait dans une digression.

(4) On pourrait aussi opposer le chiffre des morts arméniens chez Plutarque (100,000) à celui d'Orose (30,000), mais les chiffres sont si sujets à altération de la part des copistes qu'il faut user prudemment d'arguments de ce genre; précisément Mœrner a pensé qu'Orose avait confondu ici les pertes de Tigrane avec celles de Mithridate à Cabira (voir Eutrope),

Page 1