PLUTARQUE : VIE DE POMPÉE
nements de ce genre; en effet, deux prodiges de Pluiarque — la vache de Gyzique et la vision du greffier Aristagoras [îmc. 10) — se retrouvent dans Obsequens (c. 60 Jahn), c'est-à-dire dans Tite-Live. Mais l'un de ces prodiges se lit également chez Appien [Mith. 75), et dans le récit de l'autre Plutarque est plus précis qu'Obsequens : il qualifie Aristagoras de greffier du peuple, Obsequens l'appelle simplement summus magistratus, ce qui est d'ailleurs inexact. 11 est donc probable que Tite- Live, Appien et Plutarque ont puisé, directement ou indirectement, à une source commune, et cette source , à mon avis, n'est autre que le poème d'Archias oii de pareilles inventions étaient mieux à leur place que dans une histoire sérieuse. C'est à ce poème que Plutarque doit non seulement les prodiges de Gyzique , mais les visions de Lucullus à Ilion (c. 12) et devant Sinope (c. 23), le passage miraculeux de l'Euphrate (c. 24), peut-être même certains épisodes qui, sans être précisément merveilleux, ont un caractère épique, étranger à la manière concentrée de Salluste : par exemple, la scène (c. 15) où Lucullus, par sa seule présence, arrête les Pontiques vainqueurs au seuil de son camp, comme Achille fait reculer les Troyens dans V Iliade^ puis la catastrophe de Gabira, qui en réalité paraît s'être passée en l'absence de Mithridate, ou encore les imprécations de Monime expirante et tout le drame du harem de Pharnacie (c. 18). Plutarque s'est bien gardé de citer Archias, dont le nom aurait éveillé la méfiance du lecteur; mais il a laissé, si j'ose dire, percer le bout de l'oreille en insérant dans un de ses emprunts un hexamètre tout entier (ch. 12, vision d'Ilion : ti' xvoiaaeiç, [xs- Ya6o{xe Xéov ; veêpoi Se toi ^YV^^) (^)*
Dans la Vie de Pompée, Plutarque a dû recourir au système des autorités successives (2). Je n'ai à m'occuper que de la partie relative aux campagnes orientales de Pompée. Les premiers chapitres (c. 30-31) reproduisent presque textuellement les expressions du Lucullus et sont conçus dans un esprit antipompéien : ici, par conséquent, Plutarque suit encore Salluste ; on croit entendre résonner, à travers la bonhomie indulgente du sophiste grec, le sévère jugement du Thucydide romain sur le faux grand homme : oris probi, animo inverecundo (fr. inc. 41 , Kritz). Dans l'histoire même des campagnes contre Mithridate, Plutarque ne cite nommément que Théophane (c. 37) et cela pour le blâmer (à propos de la fausse lettre de Rutilius). En dépit ou à cause même de cette critique, on ne saurait douter que Théophane ait été ici le guide principal , ou , pour mieux dire, unique de Plutarque; c'est ainsi que la définition du site des Amazones (c. 35) concorde exactement avec ce que Théophane
(1) Pour plus de détails, voir ma thèse latine déjà citée, De Archia poeta, livre 2.
(2) Les auteurs cités dans cette Vie sont Cicéron (ch. 42; 63), César (6B), Oppius (10), Pollion (72), Timagène (49). Théophane (37).