SOURCES D'APPIEN POUR LA PREMIÈRE GUERRE
n'est même pas toujours sûr que ce soit de première main. En effet, Appien, quoiqu'il affirme avoir lu beaucoup d'auteurs grecs et latins (Proœm. c. 12), parait avoir travaillé assez vite; pour éviter l'accusation de plagiat, il change de guide assez souvent dans les divers livres de son ouvrage et même dans les diverses sections d'un même livre, mais ces changements ne sont pas suffisamment motivés. On ne comprend guère, par exemple, pourquoi, dans les Guerres civiles , Appien, qui utilise le Catilina de Salluste, néglige de parti pris les Histoires. Il a réussi, si l'on veut, à n'être pas un plagiaire, mais il est resté un compilateur, dont tout le mérite (et il n'est pas médiocre) réside dans la disposition originale qu'il a su donner à sa compilation (i).
Les premiers chapitres du Mithridate, relatifs à la Bithynie , ne rentrent pas dans notre sujet; sauf quelques iiiepties, de provenance douteuse (2), tout ce morceau est pris d'ailleurs, presque textuellement, dans Polybe (c. 2 = Polybe, fr. xxx, 16 ; c. 3 = xxxiii, 11 ; c. 6 = xxxvii, 1 h).
Sur les origines du royaume de Pont (c. 8-9), Appien se trompe lourdement en assignant une tige commune aux dynasties du Pont et de la Gappadoce. Les aveux d'ignorance et les formules dubitatives ne manquent pas dans ce morceau (oùxr/o) (yacpwç eÎTrsTv... eaô'ote (xoi Soxoîîat..). Hiéronyme de Gardie est cité à propos de l'itinéraire d'Alexandre ; Appien lui a peut-être aussi emprunté le récit du songe d'Antigone et de l'hégire du Gtistès (cf. Hiéronyme chez Lucien, Macrob. 13); mais Hiéronyme s'arrêtait à la fin du règne de Mithridate Gtistès, et tout l'intervalle entre cette époque et Mithridate Évergète est, pour Appien, une terra incognita. Cependant l'assertion qu'Eupator était le 6^ successeur du Gtistès (3) ne paraît pas prise en l'air.
Le récit des premiers démêlés des Romains avec le roi de Pont (c. 10) et des antécédents immédiats de la 1'''' guerre (c. 11-16) ne dérive pas de la même source que l'histoire de la guerre proprement dite. En effet, nous verrons que celle-ci vient tout entière de Tite-Live; or, dans les préliminaires, Appien s'écarte de Tite-Live sur un point essentiel : chez Appien, toutes les négociations et la rupture elle-même se passent exclusivement entre Mithridate et les ambassadeurs de Rome; chez Tite- Live (Eutrope V, 5; Orose VI, 2; cf. Dion, fr. 99) le Sénat romain inter-
(1) Sur les sources d' Appien en général on peut consulter Hannak, Âppian und seine Quellen, Vienne, 1869, et Wijnne, Defide et auctoritate Appianî, Groningue, 1855. Ce dernier ouvrage ne s'occupe que des Guerres civiles.
(2) Les 49 rois de Bithynie avant la conquête romaine (c. 2), le legs de la Bithynie attribué au petit-fils de Nicomède Philopator (c. 7).
(3) Les interprètes qui ne veulent pas mettre Appien en contradiction avec lui-même (au c. 112 il fait de Mithridate Eupator le 8* descendant du Gtistès) traduisent les mots Tov exTov àTTO Toù TrpwTou Mi6pi6àTy)v par : a le sixième roi du nom de Mithridate. »