MÉTHODE D'APPIEN
au clair de lune, et coûta aux Asiatiques 40,000 hommes (4^,000 d'après S. Rufus); d'après Appien (yMitk. 100) la bataille fut livrée au point du jour (afjLa S'f,(X£pa) et Mithridate ne perdit que 10,000 hommes; les circonstances du combat sont d'ailleurs totalement différentes. ^'^ D'après la version livienne , confirmée par Plutarque (Théophane) et Strabon (XI, 3, 5), Pompée reçut la soumission de ïigrane avant d'attaquer les peuples caucasiques; Appien suit la marche inverse (c. 103-104) (1). 3" D'après Tite-Live (Orose, Eutrope) Mithridate a vécu 72 ans et régné 60; d'après Appien, confirmé par Pline et Strabon, il en a vécu 68 ou 69, régné 57. — Si Appien n'a suivi ni Tite-Live, ni Strabon (2), ni à plus forte raison Théophane , il ne reste plus qu'à admettre qu'ici, comme précédemment, il s'est confié à Nicolas de Damas, ou peut-être à la monographie de Posidonius, œuvre médiocre et partiale du philosophe vieillissant : ainsi s'expliquerait la mention , chez Appien , des campagnes imaginaires de Pompée contre la Médie et la Commagène {Mith. 106).
En résumé, Appien, à la différence de Plutarque, a constamment préféré aux sources contemporaines les auteurs de seconde main ou de seconde qualité : Tite-Live pour la première guerre , Nicolas de Damas et Posidonius pour la seconde et la troisième. Son travail se ressent de ce vice originel. Sans doute la narration se tient assez bien, malgré des contradictions et des disparates nombreux ; l'auteur est de bonne foi , impartial et ne manque pas d'un bon sens parfois assez narquois (voir ses observations sur le Palladium, c. 53, sur la parenté des Ibères d'Europe avec les Ibères du Caucase, c. 101 , sur les Amazones, c. 103), mais son scepticisme ne s'élève pas jusqu'à la critique : la philosophie se venge sur Appien de ses mépris pour elle (c. 28). Appien manque aussi de mouvement et de coloris. Ses récits de sièges (Rhodes, Pirée) sont longs et traînants; les tableaux de batailles, monotones jusqu'à la nausée, ne témoignent d'aucune pratique des choses militaires; la fin des campagnes de LucuUus et toutes celles de Pompée sont présentées d'une
(1) On peut ajouter encore d'autres différences. Appien ne connaît qu'une bataille de Pompée contre les Ibères et les Albans, Tite-Live en connaît trois; chez Orose (Tite-Live), Macharès est mis à mort par son père, chez Appien il se tue; chez Tite-Live, Pharnace s'insurge, débauche l'armée envoyée contre lui et la mène contre son père, Appien présente les événements tout autrement; chez Orose, Mithridate, avant de mourir, immole uxores, pellices acjilias, Appien ne mentionne que deux filles qui insistent pour boire le poison avec le roi, etc. La guerre des pirates sort de mon sujet, mais ici encore on peut remarquer que la liste des légats de Pompée n'est pas la même chez Appien et Florus.
(2) Les coïncidences avec Strabon (Mith. 103 = Strab. XI, 2, 19 sur la toison d'or; Jlith. 111 = Strab. XI, 14, 10 sur les présents de Tigrane) s'expliquent par l'emploi de sources communes ; on peut y opposer, outre la différence essentielle dans l'ordre des campagnes de Pompée, le dissentiment des deux auteurs sur l'origine des Achéens du Caucase (App. 102 = Strab. XI, 2, 11) et sur- le chiffre de l'armée albane (App. 103 = Strabon XI, 4, 5).