LÉGENDES RELATIVES A SON ENFANCE
aveugle de la politique romaine ; on sait déjà qu'il eut lieu de s'en repentir. Le jour où l'intérêt de Rome se trouva en conflit avec l'ambition d'Évergète, Laodice sacrifia son mari à ses protecteurs (1).
La légende s'est formée de bonne heure autour des premières années de Mitliridate Eupator. Des comètes d'une grandeur et d'un éclat inusités saluent sa naissance et son avènement, annoncent la durée de son règne, l'étendue de ses conquêtes (2). Enfant, la foudre tombe sur son berceau, comme sur celui de Dionysos, enflamme ses langes et lui laisse au front une cicatrice qu'il devra dissimuler plus tard sous de longues boucles de cheveux (3). Adolescent, il échappe à des persécutions raffinées par un mélange de force, de courage et d'astuce qui rappelle les héros de l'épopée primitive et des contes de fées. On ne peut ni accepter ces fables, ni les ignorer; contentons-nous de les signaler en passant et de recueillir les faits précis, en bien petit nombre d'ailleurs, que l'histoire nous a transrais sur l'enfance et l'éducation de Mithridate.
(1) On savait déjà par Trogue Pompée (Justin XXXVIII, 7) que la mère de Mithridate Eupator était une princesse séleucide ; son nom, Laodice, qu'aurait pu faire deviner celui de ses deux Mes aînées, nous a été révélé par le tétradrachme unique de la collection Waddington que j'ai publié {Trois royaumes, pl. X ), J'en ai conclu qu'elle était identique à la fille d'Antiochus Epiphane (Polybe, fr. XXXIII, 14 et IG), la seule princesse séleucide de cette époque, portant le nom de Laodice, dont on ignorât la destinée. La mère de notre Laodice, femme d'Antiochus Epipliane, s'appelait également Laodice (Bull. corr. hell. IV, 620 ; Dittenberuer, Sylloge , n" 229), et pourrait être la propre sœur de son mari, la veuve de Séleucus IV (Appien, Syr. 4) ; on aurait alors le tableau suivant :
Mithridate II
Antiochus le Grand = Laodice I Mithridate Évergète
Antiochus Epiphane = Laodice II
Laodice III = son grand-oncle Evergète (?) Quant à la regina Laodice tuée par Ammonios (Liv. ep. 60), c'est ou bien la veuve de Démétrius Soter (Visconti, Icon. gr. II, 324) , ou la veuve d'Antiochus Epiphane , mais certainement pas la fille de celui-ci, comme l'ont avancé Bunbury, art. Laodice^ no 18, dans Smith, et De Vit QOnomastîcum, s. v, Laodice^ n° 13).
(2) Justin XXXVII, 2. La comète brille pendant 70 jours (les 70 années que vivra Mithridate), occupe la quatrième partie du ciel (il sera le maître du quart dvi monde), éclipse l'éclat du soleil (de l'empire romain). Quant aux quatre heures qu'elle met à se lever et à se coucher, je n'en comprends pas bien le sens symbolique, à moins qu'il ne s'agisse de la durée des deux principales guerres mithridatiques (88-85, Sylla; GG-G3, Pompée).
(3) Plutarque, Quaest. conv. I, 6, 2, Un second coup de foudre aurait plus tard traversé son carquois et incendié ses flèches.