‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 42 sur 417 · TENTATIVES D'ASSASSINAT DE SES TUTEURS · texte numérisé non relu

TENTATIVES D'ASSASSINAT DE SES TUTEURS

gna les croyances mazdéennes de ses ancêtres et on lui apprit à respecter les cultes de ses futurs sujets cappadociens ; mais on l'instruisit aussi dans la religion grecque, qui devait toujours trouver en lui un protecteur libéral.

L'enfance de Mitliridate avait grandi gaiement au bruit des guerres et des négociations heureuses de son père ; son entrée dans l'adolescence fut assombrie par la catastrophe de Tan 120 : le meurtre de son père, le testament, vrai ou faux, qui affaiblissait l'autorité royale en la divisant; tout ce drame, à la fois intime et public, initiait du premier coup le jeune Mithridate, alors dans sa douzième année, à la duplicité de la politique romaine et à la perversion profonde des cours de l'Orient : la leçon ne devait pas être perdue.

Pour le moment, la couronne et la vie même du jeune roi étaient en danger. Sous le nom de régente, Laodicese considérait comme la véritable souveraine et songeait à s'éterniser au pouvoir. Elle n'avait qu'à jeter les yeux autour d'elle pour savoir comment s'y prendre. C'était l'époque où, dans le royaume voisin de Cappadoce, la veuve d'Ariarathe Philopator, Nysa, assassinait successivement ses cinq fils aînés pour prolonger sa régence ; c'était l'époque où, en Syrie, la veuve du second Démétrius, Cléopàtre, tuait d'un coup de flèche l'un de ses fils, en attendant que l'autre la contraignît de boire le poison qu'elle lui avait préparé (1). Laodice appartenait, elle aussi, à la race de ces grandes ambitieuses, en qui la reine tue l'épouse et la mère. Elle laissa entendre que Mithridate grandissait trop vite. Les tuteurs testamentaires du jeune prince, qui n'étaient autres que les meurtriers de son père, comprirent à demi-mot et dressèrent des pièges à leur pupille. Un jour on le faisait galoper sur un cheval indompté, en tirant le javelot; une autre fois on mêlait du poison à ses aliments. Mais, dit l'histoire ou la légende, l'enfant sortit victorieux de toutes ces épreuves : à cheval, c'était un autre Alexandre; à table, il savait déjà se prémunir contre le poison par l'usage des antidotes. Toutefois l'épreuve lui parut poussée assez loin; la ruse ayant échoué, il fallait craindre la violence ouverte. A quatorze ans le

(1) Nysa, appelée à tort Laodice par Justin XXXVII, 1, figure sur une drachme que j'ai publiée {Trois royaumes, pl. II, 14). Sur Cléopàtre (l'héroïne de la Rodogune de Corneille), cf. Justin XXXIX, 1 ; Appien, Syr. G8-Gt\ Le crime de Cléopàtre est de l'an 12G, ceux de Nysa s'espacent entre 130 et 125 environ.

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