GRECS ET BARBARES
Bosporans ; néanmoins ils fondèrent des comptoirs sur plusieurs points de la cote occidentale de la Crimée et du golfe Carcinitique.
La prospérité des colonies grecques en Crimée, comme celle des villes pontiques, leurs sœurs, avait coïncidé avec la puissance d'Athènes; leur déclin coïncida avec sa décadence. Quand Athènes, diminuée dans sa marine, dans ses ressources, dans sa population, perdit les clefs de la Propontide, Byzance et la Chersonèse de Thrace, quand elle dépendit pour ses communications avec TEuxin de la bonne volonté de rois aiîîbitieux et de républiques envieuses, il lui fallut chercher des marchés plus sûrs et plus accessibles. Précisément, la conquête d'Alexandre rouvrit alors aux Grecs les champs de blé de TÉgypte, et désormais les arrivages du Nil firent en Grèce une concurrence de plus en plus victorieuse aux grains du Bosphore, du Tanaïs et du Borysthène (1). Athènes se détourna des Hellènes de la Scythie, et cela, juste au moment où ils auraient eu besoin d'un soutien efficace pour contenir le flot montant de la barbarie.
De tout temps , les barbares avaient été pour les colons hellènes des voisins incommodes, souvent dangereux. Les tribus turbulentes et belliqueuses des Palus-Méotidcs tuèrent aux Bosporans plus d'un roi. Les Tauriens, exclus de la Petite-Chersonèse, venaient souvent en razzier le territoire et infestaient la mer de leurs pirateries. Les Scythes, maîtres du cœur de la péninsule et des pays au delà de l'isthme, exigeaient un tribut des Dorions de Chersonèse comme des Ioniens de Panticapée. La situation s'aggrava, les rapports se tendirent, lorsque, dans le courant du iii^ siècle, cédant à une poussée d'origine inconnue, de nouveaux peuples apparurent au nord de l'Euxin, chassant devant eux les anciens occupants. Comme jadis les Scythes avaient refoulé les Cimmériens et les Thraces, maintenant les Sarmates, arrivés progressivement du nord-est, les Celtes, descendus de la vallée du Danube, les Gètes remontant du sud, pressaient sur les Scythes, les acculaient à la côte. De plus en plus ceux-ci regardèrent d'un œil d'envie les villes grecques; ce n'était plus seulement le butin , c'était la sécurité qu'ils entrevoyaient derrière ces hautes murailles. Aussi redoublèrent-ils d'exigences à mesure que les
(1) Voir Corims insc. attic. II, 143 , 170, 171 ; Ath. Mitth. V, 332.