‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 49 sur 417 · DÉCADENCE DES GRECS DE SCYTHIE · texte numérisé non relu

DÉCADENCE DES GRECS DE SCYTHIE

colons devenaient moins capables de les satisfaire : les tributs tombés en désuétude furent impérieusement réclamés, et les malheureux Hellènes , pris entre les nouveaux barbares qui les pillaient et les anciens qui les pressuraient, ne surent bientôt plus à quel dieu se vouer.

Ce que les Hellènes de la Scythie souffrirent pendant les deux siècles qui s'écoulèrent entre la disparition des Hottes d'Athènes et le débarquement de la phalange de Mithridate , ce ne sont pas les historiens qui nous Font appris. Qui, parmi les beaux esprits qui écrivaient alors l'histoire, songeait à ces sentinelles perdues de la civilisation hellénique? Ce sont les documents contemporains, les inscriptions qui nous peignent ces angoisses dans leur réalité poignante. Les marbres d'Olbia, la vieille cité du Dnieper, jadis le grand marché des blés durs de la Scythie (1), sont les plus tristement éloquents. Le tableau qu'ils tracent est navrant. Olbia, la « fortunée » , nom devenu une ironie , est enserrée dans un cercle de tribus barbares de l'origine la plus diverse, mais semblables par leur avidité. A la redevance régulière, représentant le loyer du sol, s'ajoutent vingt contributions extraordinaires, prélevées sous des prétextes futiles. Quand le chef d'une horde nomade vient à passer devant la YÎUe ou à camper sous ses murs, il faut acheter son départ par des présents magnifiques ; il faut en faire à ses généraux, à ses leudes, à toute son armée. Cependant le commerce est en décadence, la récolte a manqué, les coffres sont vides, même les ressources précaires fournies par l'hypothèque ou la fonte de la vaisselle sacrée sont épuisées. Où trouver l'argent? il en faut, et tout de suite : quand les ambassadeurs tremblants et suppliants sont allés se jeter aux genoux du barbare, il les a durement repoussés, il a répondu par l'injure et la menace; déjà il ravage les champs, il enlève les bestiaux, les laboureurs. Du haut de leurs remparts, jadis leur orgueil, maintenant à demi écroulés faute des réparations nécessaires, les Grecs, impuissants et consternés, regardent de loin flamber leurs moissons et leurs chaumières. On commence à perdre l'espoir; on parle tout bas d'abandonner la ville, de fuir sur les vaisseaux une terre inhospitalière : trop heureux s'il se trouve encore quel-

(1) Décret en l'honneur de Protogène : C. I. G. II, 2058 — Latychev, n^ 16, Décret en rhonneur de Nicératos : Latychev, n° 17.

ROYAUME DE SCILUR.

que particulier, riche et patriote, pour sacrifier sa fortune au soulagement du trésor et relever, par ses exhortations viriles, le courage abattu de ses concitoyens.

Telle était la détresse d'Olbia, telle aussi celle des villes criméennes. On l'entrevoit à travers le silence ou le laconisme des textes : partout mêmes causes de déclin, mêmes ennemis, mêmes angoisses. Pendant quelque temps les colons avaient cherché le salut en opposant les barbares les uns aux autres : c'est ainsi que Chersonèse s'était alliée contre les Scythes avec Amagé, reine des Sarmates (1). Mais à la longue, Sarmates, Scythes, Tauriens finirent par s'entendre entre eux ; ils se partagèrent la proie commune au lieu de se la disputer : les Grecs devaient faire les frais de cette réconciliation. A l'époque où nous sommes parvenus, les Scythes, concentrés sur la rive gauche du Dniéper inférieur et dans l'intérieur de la Crimée, — la Petite-Scythie , — formaient un royaume unique dont le souverain, le vieux Scilur, paraît avoir été un prince remarquable. La plupart de ses sujets en deçà de l'isthme avaient abandonné la vie nomade pour se consacrer aux occupations agricoles; au delà, quelques hordes continuaient à promener leurs troupeaux de chevaux dans les pâturages qui avoisinaient les cataractes du Borysthène, ou à poursuivre le gibier dans les halliers de l'Hylée et les fourrés du golfe Putride. En Crimée, les Scythes avaient bâti des fortins, — Chabon, Palacion, ainsi nommé en l'honneur de Palac, fils de Scilur (2), — et même une prétendue ville, Néapolis, située près de Simféropol où l'on a trouvé une inscription grecque au nom de Scilur (3). Les monnaies de bronze à légende grecque (4), frappées par ce roi à Olbia, témoignent également d'un commencement de conversion à l'hellénisme. Scilur était vraiment un puissant monarque : couvert au nord par son alliance avec les Sarmates Roxolans, qui dominaient entre le Dniéper et le Don (5), à l'ouest il

(1) Polyen VIII, ÔG. Cf. C. I. G. II, 83G.

(2) Strabon VII, 4 ,7. L'inscription de Diophante ne nomme pas Palacion ; Chabon s'y appelle Xaéaîoi, C( les Chabéens ».

(4) La monnaie de Scilur 6 BAIIAE. i:KrA0rP0r... OABIO. Tête d'Hermès, caducée) a été souvent publiée; voir notamment Sallet, Zeitschri/t fur Niim, IX, 156 ; BOURATCH- KOV, Catalogue général des monnaies grecques de la mer Noire, t. I®"", Pétersbourg, 1884, pl. IX, 203; Orechnikov, Journal de la Société archéologique russe, IV, 14.

(o) strabon VII, 4, 17.

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