SOUFFRANCES DE CHERSONÈSE ET DE PANTICAPÉE
avait conquis Olbia, au sud il menaçait à la fois Chersonèse et le roy aume bosporan.
La marine chersonésitaine était tombée si bas qu'elle ne pouvait plus même faire la chasse aux pirates tauriens, dont Faudace croissait de jour en jour : le « havre des confluents » {Symbola), sur la côte sud-est, — aujourd'hui Balaclava, — était le quartier général de ces brigands, Fasile sur d'où jaillissaient leurs pirogues et où elles revenaient chargées de butin (1). L'armée était aussi désorganisée que la flotte; elle n'osait même plus tenir la campagne. Pour se défendre contre les incursions des barbares Scythes ou tauriens, les Chersonésitains avaient fini par tirer, à travers l'isthme de leur presqu'île, une muraille et un fossé longs de deux lieues , qui partaient du fond du havre de Symbola pour aboutir aux salines de Cténus, au fond de la rade de Sébastopol (2). Le plateau de Chersonèse se trouvait ainsi transformé en une vaste forteresse dont la ville elle-même, avec ses murailles de six pieds d'épaisseur, représentait le réduit central (3). Mais ces fortifications intimidaient moins les assaillants que les défenseurs; blottis dans leur taupinière, ces Doriens dégénérés n'osaient plus même franchir la rade qui s'ouvrait en face de leurs murs : à quelques stades de l'enceinte commençait « l'au delà » (4), l'inconnu, le désert! A Panticapée, c'était pis encore : l'ennemi était déjà dans la place. La population scythique, restée très nombreuse sur le territoire de la Chersonèse trachée, sympathisait ouvertement avec ses frères, les sujets de Scilur; le comptoir de Tanaïs, les tribus méotiennes, sauf les Sindes , avaient secoué le joug; l'archonte-roi , Pairisadès, demeuré sans enfants, s'était vu contraint d'élever dans son palais, probablement de désigner pour son héritier, le Scythe Saumac, peut-être un des nombreux fils de Scilur (5).
La mort de Scilur, qui eut lieu, ce semble, vers cette époque, ne changea rien à la situation. Le vieux roi laissait toute une
(1) Strabon VII, 4, 2.
(2) strabon VII, 4, 7. D'autres au contraire (Becker, C. Millier) placent Cténus à Sébastopol même.
(.■5) Le périmètre de Tenceinte, d'après les ruines, était de 3 kilomètres. Pline IV, 85 donne plus du double, mais il paraît avoir confondu Tenceinte de la ville avec la muraille de l'isthme.
(4) T6 Tiepav. Inscr. de Diophante, 1. 5.
(5) Inscr. de Diophante, 1. 33.