‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 5 sur 417 · DESCENDANCE DES MITHRIDATE · texte numérisé non relu

DESCENDANCE DES MITHRIDATE

grandiront avec leur fortune, et leurs descendants, les rois de Pont, feront figurer Darius et Cyrus lui-même à la racine de leur arbre généalogique (1).

Les grandes familles perses, à qui Darius devait son élévation, avaient obtenu dans l'empire des Achéménides une situation privilégiée à plusieurs égards : préséance à la cour, juges spéciaux, droit exclusif de donner au grand Roi des épouses légitimes (2). Nul doute qu'à ces privilèges honorifiques ne s'ajoutassent, pour les membres de ces puissantes maisons, de hautes charges administratives, parfois même des dotations territoriales, de véritables apanages héréditaires (3). Toutefois nous ne pouvons pas désigner avec certitude, dans la liste des satrapes connus avant le iv^ siècle, des ancêtres des futurs rois de Pont (4) : c'est avec la fin de la monarchie perse que les Mithridate entrent réellement dans l'histoire.

C'était une race fortement trempée, à la fois souple et énergique, et qui se montra dès le début, comme plus tard sur un plus grand théâtre, avide de conquêtes et passionnément éprise de la civilisation hellénique, malgré son orgueil de race iranien. Le premier dynaste connu, Mithridate, fils d'Orontobate, offre à l'Académie d'Athènes une statue de Platon, œuvre de Silanion (5);

de Behistoun, mais on sait que Ctésias a nommé les fils à la place des pères (Hammee, Wiener Jahrbûcher, IX, IG) ;on peut donc admettre que les Mithridate descendaient de X... (Aspathinès ?), père d'Orontobate.

(1) Salluste fr. II, 53 Kritz (chez Ampélius c. 30) ; Trogue Pompée chez Justin XXXVIII, 7; Appien, Mith. 9; 112; Tacite, Ann. XII, 18. Salluste dérive les Mithridate d'Artabaze ( Artabazane ?), fils de Darius. Florus combine maladroitement les deux généalogies : rcx... Artahazes, a septem Pe7-sis oriundus. Cette prétention ne date probablement que de Mithridate Eupator, puisqu'on n'en trouve encore aucune trace chez Polybe.

(2) Livre cPEsther I, 14; Eschyle, Perses, 9ÔG-G0; Hérodote III, 83-4; Platon, Lois, p. 695 c (exagéré).

(3) Telle aurait été, par exemple, l'origine de la fortune des Ariarathides (Polybe, fr. inc. 10 Didot). Cp. pour d'autres dotations de ce genre (en faveur de réfugiés hellènes) Ctésias, fr. 29, 52; Thucydide I, 138 ; Xénophon, Anab. VII, 8, 8-9; Hell III, 1, G.

(4) C'est ainsi qu'on a rattaché à notre famille, sans preuves suffisantes, le MirpaocxT-/];, fils d'Oudiastès, satrape d'une province qui n'est pas désignée, au début du règne d'Artaxerxès Mnémon (Ctésias fr. 29, 57) ; le Mithridatès, ami de Cyrus le jeune (Xénophon, Anab. II, 5, 35, etc.); le Mithridatès, gouverneur de Cappadoce-Lycaonie au moment du passage des Dix Mille (Ps. Xénophon, Anab. VII, 8, 25), etc. Le nom est trop commun pour qu'on puisse s'arrêter à ces identifications.

(5) Favorinus, chez Diogène Laërce, III, 20, où il faut corriger ô 'Poôogàto'j en 'Opov- ToêâTou. Cf. MiCHAELis, Zur Zeitbestimmung des Sihinions, dans les Mélanges Curtius, Berlin, 188-1, p. 105.

MITHRIDATE, FILS D'OROiNÏOBATE, ET ARIOBARZANE.

il se lie d'amitié avec le platonicien Cléarque, banni de sa ville natale Héraclée, et cherche de concert avec lui à s'emparer de cette florissante cité (1). Son successeur, Ariobarzane (363- 337 av. J.-C.) (2), témoigne les mêmes goûts et les mômes appétits : il se fait élever une statue à Ilion (3) , il est Fami des Lacédémoniens Antalcidas et Agésilas , de l'Athénien Timothée ; un jour même, comme son collègue Oronte, il se fait recevoir citoyen d'Athènes ainsi que ses trois fils. Sa carrière politique fut longue et aventureuse. Entré de bonne heure au service du grand Roi, il succéda à Pharnabaze comme satrape de la Phrygie hellespontienne. En cette qualité, il prit bientôt des allures indépendantes, et vers la fin du règne d'Artaxerxès Mnémon, quand l'empire perse craquait de toutes parts, il entra dans la grande rébellion des satrapes des provinces maritimes. La lutte dura de longues années, mais Ariobarzane, mollement soutenu par ses alliés athéniens, qui reculaient devant la lutte ouverte avec le grand Roi, finit par succomber, comme tous ses complices. Son propre fils, Mithridate II, le livra pour une forte somme, et le vieux satrape périt sur la croix (4).

Le second Mithridate n'en était pas à son coup d'essai. Jeune encore, il s'était rendu célèbre par le meurtre d'un plus grand rebelle, le satrape de Cappadoce, Datame (5). Sa deuxième

(1) Justin XVI, 4-5 ; Élien fr. 380, Didot ; Suidas s. v. KXsapxo;- I^e Grec joua au plus fin avec le Barbare; une fois maître d'Héraclée, il attira Mithridate dans un guet-apens et ne le relâcha que moyennant rançon.

(2) Les dates sont données par Diodore XVI, 90. Celle de la mort paraît en contradiction avec les indications d'Harpocration s. v. 'Apioêap!;àvy,ç et deTrogue Pompée, prol. 10, qui placent la défaite d'Ariobarzane sous Artaxerxès Mnémon (mort au plus tard en 350 av. J.-C). Mais Ochus s'appelait aussi Artaxerxès et il a pu y avoir une confusion; d'ailleurs la date de la défaite n'est pas nécessairement celle de la mort. L'allusion de la Cyrojiédîe (VIII, 8, 4) à la mort d'Ariobarzane ne peut pas servir pour la fixation de la date, car ce paragraphe est certainement interpolé.

(3) Diodore XVII, 17, G. Alexandre la vit tombée de son piédestal.

(4) Pour le rôle politique d'Ariobarzane , cf. Xénophon , Hell. I, 4, 7 (en 406 ; s'agit-il bien de lui?) ; V, 1, 28 ; VII, 1, 27 ; Agésilas, II, 26 ; Démosthène, Pio Rhod. 9 ; In Aristocrat. 141 et 202 ; Diodore XV, 70 et 90 ; Nepos, Timothéej 1 ; Datame, 2, 5 ; Trogue Pompée prol. 10 ; Polyen VII, 26. Pour sa fin : Ps. Xénophon , Cyrop. VIII, 8, 4 ; Aristote Polit. V, 8, 15 ; Harpocration s. v. 'AptoêapJfdvYi; (lire 'ApTa^ép^ou au lieu de Eep^ou) ; Valère Maxime IX, 11, ext. 2. Il était bien prae/ectus Ilellesponti, comme l'appelle Trogue Pompée, et non pas satrape de Phrygie (Diodore), ni à plus forte raison prae/ectus Lydiae et loniae totiusque Phrygiae (Nepos). Cf. Krumbholz, De Asiae minoris satrapis persicis , (Leipzig, 1883), p. 71-73, qui distingue d'ailleurs à tort deux Ariobarzane.

(5) Nepos, Datame, 10; Polyen VII, 20.

r> MITHRIDATE II DE CIOS.

trahison acheva de le mettre bien en cour et lui valut les domaines de son père; mais Athènes rougit d'un pareil citoyen, Aristote le flétrit, et quelques années après, quand Alexandre conquit TAsie, il dépouilla le parricide et rendit à Cios la liberté. La multiplication des rapports entre les deux continents, conséquence de la conquête macédonienne , profita singulièrement à la vieille cité milésienne. Le commerce porte alors jusqu'en Phénicie ses beaux statères d'or (I) , et si Phocion refuse les revenus de ses douanes (2) , Aristote ne dédaigne pas de commenter sa constitution (3).

Cependant Mithridate n'avait pas renoncé à l'espoir de recouvrer l'héritage de son père, et la mort d'Alexandre lui en rouvrit le chemin. Pour réussir, il ne lui fallut que deux apostasies de plus. Les successeurs d'Alexandre n'avaient pas tardé à apprécier son expérience militaire et ses talents politiques; il en profita pour battre monnaie avec son épée. Il se rallia d'abord à la cause de la famille royale et combattit pour elle aux côtés d'Eumène (4). Puis, son patron vaincu, il suivit la fortune et se tourna vers Antigène. Non seulement le premier roi d'Asie lui rendit Cios, à titre de fief, ainsi que la ville mysienne de Cariné (5) , mais encore il fit de lui son confident le plus intime; le fils du vassal fut élevé avec le fils du suzerain. Tout semblait promettre à ce vieillard, chargé de gloire et de crimes, une fm tranquille, mais il était dit que cette vie, inaugurée par la trahison, s'achèverait de même. En 302 av. J.-C, l'ambition d'Antigone, croissant avec ses succès, réunit contre lui, dans une coalition suprême, ses anciens compagnons d'armes, Cassandre, Lysimaque, Séleucus et Ptolémée. Mithridate flaira la défaite et chercha à s'entendre secrètement avec Cassandre; mais Antigone fut informé de ses intrigues. Plus tard on raconta que le vieux roi d'Asie avait été

(1) Waddington, Mélanges de numismatique, 2^ série^ p. 40. Il existe aussi des drachmes de cette époque. Les bronzes à la tête mitrée sont probablement un peu plus anciens et attestent la domination perse.

(2) Plutarque, PhocioK, 18 ; Élien, Hist. var. I, 2;).

QV) Ktàvwv -KOAiTs-ia : Scoliaste sur Apollonius I, 1177; Photius, cod. Kil. (Millier, F. H. G. II, 1()1.)

(4) Diodore XIX, 40.

(.")) Diodore XX, 111, avec la correction de L. Dindorf (xal Ka&îvr,; au lieu de xal 'AppivYiç des mss.). Il y a deux villes du nom de Cariné, Tune à Tintérieur de la Phrygie (Pline V, 145) dont le site exact n'est pas connu, l'autre sur la côte de Mysie, en face de Lesbos (Hérodote VII, 42; Pline V, 122). C'est probablement de la seconde qu'il s'agit.

Page 1