HÉGIRE DE MITHRIDATE CTISTÈS
averti par un songe prophétique : il se vit ensemençant un champ, (Voii germait une moisson d'or que Mitliridate emportait vers le Pont-Euxin. Dénonciation ou pressentiment, les antécédents du vieil aventurier autorisaient tous les soupçons, excusaient toutes les sévérités. La mort de Mitliridate fut décidée : les sicaires d'Antigone legorgèrent aux portes de sa capitale. Cios redevint pour un siècle une florissante république (1).
Antigone aurait voulu se défaire du fils en même temps que du père; mais l'amitié de Démétrius Poliorcète sauva son jeune camarade. Lié au secret par un serment solennel, Démétrius eut une inspiration touchante, et sut concilier sa parole et son affection. Il prit à part son frère d'armes et traça sur le sable, avec la pointe de sa lance, ces simples mots : « Fuis, Mithridate! » Le jeune Perse ne se fit pas répéter l'avis. La nuit môme, il montait à cheval avec six compagnons et gagnait d'une traite les montagnes de la Paphlagonie. Là il était en sûreté; mais bientôt la nature du pays et des habitants, l'éloignement des armées macédoniennes occupées à s'entr'égorger, la bataille d'Ipsus où succomba la fortune d'Antigone, réveillèrent son ambition héréditaire. A la place de la principauté qu'il avait perdue, pourquoi, lui aussi, ne se taillerait-il pas un royaume comme ses voisins Zipoetès le Bithynien et Ariarathe de Cappadoce? Dès lors il fortifia la bourgade de Cimiata, blottie dans les gorges de l'Olgassys (2). De cette place d'armes il rayonna des deux côtés du Halys, appelant à lui les Paphlagoniens , qui frémissaient sous un joug nouveau , et les Cappadociens , chez qui la domination
(1) Diocîore XX, 111; Plutarque, Démétrius , 4 ( = Apophtegm. Reg. Antigon. 18); Strabon, chez TertuUien, De anima, 4G ; Appien, Mith. 0; Liicien, Macrob. 13. Tous ces récits, qui dérivent d'Hiéronyme de Cardie (nommé par Lucien), sont embarrassés par la confusion, plus ou moins complète, qu'ils font entre Mithridate le père et son fils. Plutarque dit que le jeune Mithridate et Démétrius Poliorcète avaient à peu près le même âge : cette assertion est incompatible avec celle de Lucien (Hiéronyme) qui fait mourir Mithridate à l'âge de 84 ans. En effet, comme sa mort se place en 2G6 (Diodore XX, 111), sa naissance remonte à 350 ; or Démétrius naquit en 338 (Plut. Démet. ô2). Il faut donc ou que Plutarque se soit trompé, ou, ce qui est plus probable, que Pseudo-Lucien, comprenant mal Hiéronyme, ait confondu l'âge du père avec celui du fils. L'âge de 84 ans concorde très bien avec ce que nous savons de la vie du père. — Eustathe , sur Denys V, 805 (Miiller, Gcog. min. Il, 359), dit que Cios fut détruite par Démétrius ; mais ce témoignage isolé est suspect : le commentateur aura probablement écrit Démétrius pour Philippe, fils de Démétrius II, qui, en effet, détruisit Cios en 201. En 250, Cios était florissante (Memnon, 22).
(2) Strabon XII, 3, 51.