‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 51 sur 417 · LES GRECS DE CRIMÉE APPELLENT MITHRIDATE · texte numérisé non relu

LES GRECS DE CRIMÉE APPELLENT MITHRIDATE

armée de fils : 5U suivant Posidonius, 80 suivant Apollonidès (1). Sur son lit de mort, il les fit venir et, leur montrant un faisceau de javelines, invita les jeunes gens à le briser; comme aucun d'eux n'y parvenait, il délia le faisceau, prit séparément chaque baguette et les cassa sans effort (2). Les fils de Scilur comprirent, et se conformèrent à la volonté de leur père. Ils se soumirent à l'autorité de l'aîné, Palac, qui reprit aussitôt les projets paternels sur les colonies grecques de la Crimée. Les prétentions financières qu'il éleva, pour son don de joyeux avènement, furent si intolérables qu'à Chersonèse, comme à Panticapée, on se révolta. Maintenant la dernière heure de l'indépendance avait sonné; comme les Gaulois au temps de César et d'Arioviste, les Grecs de Crimée n'avaient plus à choisir qu'entre un suzerain civilisé et un conquérant barbare. Leur choix ne pouvait être douteux; ils se jetèrent entre les bras du sauveur le plus voisin et le plus fort, le jeune roi de Pont.

Cette démarche était d'ailleurs la conclusion logique de relations séculaires, nées de la proximité des lieux, de l'affinité des races et de la solidarité des intérêts. La Chersonèse Taurique et la Paphlagonie s'avancent comme à la rencontre l'une de l'autre; les anciens s'exagéraient même le rétrécissement de la mer Noire et prétendaient qu'un navigateur, tenant le milieu du chenal, pouvait apercevoir à la fois le cap Carambis sur la côte d'Asie et la « Tête de Bélier » (le Brixaba des Scythes) (3), extrémité méridionale de la Crimée (4), éloignés de 6'J lieues. De bonne heure, colons et marchands s'habituèrent à passer d'une rive de l'Euxin à l'autre; ils s'y retrouvaient en famille, car Panticapée était une sœur de Sinope, Chersonèse une fille d'Héraclée. Après la conquête des villes pontiques, les Mithridate épousèrent naturellement les intérêts commerciaux de leurs nouveaux sujets : on sait déjà que dans le traité de 179, conclu par

(1) Strabon VII, 4, a.

(2) Plutarque, De garriditute , 17: Regum apophtegmata , Scibinof (Mor. I, 207 Didot). Cette anecdote empruntée à Apollonidès (comme le prouve le chiffre de 80 fils) a passé dans la fable classique (Pseudo-Ésope, Avianus, La Fontaine, IV, 18). Strabon VII, 4, 3 paraît croire que Mithridate a lutté contre Scilur lui-même , mais l'inscription de Diophante ne nomme que Palac et semble le considérer comme roi.

(3) Pseudo-Plutarque, Defluviis, XIV, 4.

(4) strabon II, 5, 22 ; VII, 4, 3 (lire 1,500 stades, avec C. Muller, sur Ptolémée III, 0, p. 436, note G). Pline IV, 86 évalue la distance à 170 milles (252 kilomètres).

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