‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 53 sur 417 · PREMIÈRE CAMPAGNE DE DIOPHANTE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CAMPAGNE DE DIOPHANTE

fascines : Touvrage du jour était brûlé pendant la nuit par les hoplites grecs. De guerre lasse, les Scythes finirent par renoncer à leur entreprise et se retirèrent vers leurs châteaux forts, à rintérieur de la péninsule (1).

Les Tauriens, livrés à leurs seules forces, n'étaient pas de taille à se mesurer avec Diophante : leur tactique traditionnelle, qui consistait à barricader les chemins derrière eux pour s'enlever tout espoir de retraite (2), les vouait d'ailleurs à la destruction en cas de défaite. Ils furent brisés, cette fois pour toujours : désormais il n'est plus question dans l'histoire de leurs déprédations soit sur mer, soit sur terre, et ils se laissent enrégimenter docilement parmi les troupes de Mithridate. Le fort construit par Diophante sur le cap Constantin fut érigé en une ville permanente, qui prit le nom d'Eupatorion, et contribua à la pacification de toute cette région montagneuse (3).

Du pays taurien, Diophante passa sur le territoire bosporan, qui en était séparé par le canal de Théodosie : une campagne courte, mais vigoureuse, fit rentrer dans le devoir les sujets scythes de Pairisadès et assura les droits successoraux de Mithridate. Puis le général grec revint à Chersonèse et profita des derniers beaux jours pour aller chercher les fils de Scilur jusque dans leurs repaires. Incorporant à son armée la fleur de la jeunesse chersonésitaine, il s'avança vers le cœur de la péninsule, prit Chabon, Néapolis, et obtint la soumission de presque tous les princes scythes : le fameux « faisceau de Scilur » était rompu, la suzeraineté de Mithridate établie sur toute la Crimée. Le peuple de Chersonèse célébra avec éclat la victoire de Diophante ; l'heureux condottière crut son œuvre accomplie et ramena le corps expéditionnaire en Asie (IIO av. J.-C.?).

On s'était un peu trop hâté à Sinope de chanter victoire. Pendant l'hiver, le fds aîné de Scilur, Palac, qui n'avait pas accepté le traité, répara ses forces, fit alliance avec les Roxolans, et provoqua la défection d'une partie de ses frères. Les comptoirs septen-

(1) Strabon VII, 4, 7, combiné avec l'inscription de Chersonèse. Elle est assez sommaire sur toute la première campagne de Diophante.

(2) Poljen VU, 40.

(8) Strabon, loc. cit. L'inscription mentionne simplement la fondation d'une ville c( chez les Tauriens aux environs de Chersonèse », mais son identité avec l'Eupatorion de Strabou est au moins probable. Ptolémée III, G, 2 et Ammien Marcellin XXII, 8,3(1 écrivent Eupatoriuj et c'est ce nom que Catherine II attribua à Koslov, situé bien plus au nord.

DEUXIÈME CAMPAGNE : BATAILLE DE BEAU-PORT. (iO

trionaux de Cliersonèse furent emportés, la ville même menacée de nouveau; pour la seconde fois, les bourgeois implorèrent le secours de Mitliridate. Une nouvelle armée, forte de 6,000 hoplites, fut embarquée sous les ordres de Diophante et descendit dans la péninsule (109 av. J.-C.?). Quoique la saison fût déjà très avancée, Diophante prit hardiment l'offensive et marcha vers les châteaux forts des Scythes; mais il fut surpris en route par les premières tempêtes de neige et obligé de se rabattre vers le littoral. Là il enleva Carcinitis, les Murailles; il assiégeait le troisième comptoir chersonésitain , Beau-Port, à rentrée du golfe Mort, quand une nuée de barbares vint tout à coup Tassaillir. Aux archers à cheval de Palac s'étaient joints 50,000 Roxolans , sous leur roi Tasios , cavaliers et fantassins robustes , armés d'arcs, de lances, d'épées et même d'armes défensives : casques, corselets en cuir de bœuf, boucliers d osier ou gerrhes. Mais cette fois encore la fougue indisciplinée des barbares se brisa contre la bravoure calme et savante des hoplites grecs : leur infanterie fut exterminée, une faible partie de leur cavalerie parvint à s'enfuir dans le steppe (1).

Diophante ne s'endormit pas sur ses lauriers. Dès les premiers jours du printemps, il reprit sa marche interrompue Tannée précédente vers le centre de la péninsule. Tout plia devant lui. Chabon, Néapolis, probablement aussi Palacion capitulèrent ; la plupart des fils de Scilur se soumirent de nouveau , cette fois définitivement; Palac et quelques autres préférèrent l'exil à la servitude et s'enfuirent à Rome pour mendier le secours du sénat (2). Diophante reparut ensuite au Bosphore où des troubles avaient sans doute éclaté ; il rétablit l'ordre et proclama ouvertement la suzeraineté de Mithridate. Mais pendant qu'il jouissait de sa victoire à Panticapée, les partisans de l'héritier scythe, Saumac, s'insurgèrent brusquement et massacrèrent le roi Pairisadès. Saumac prit le titre de roi et s'empressa même de frapper monnaie à son nom (3); Diophante, qui avait failli tomber dans un guet-

(1) Strabon VII, 3, 17. Inscription de Diophante, 1. 15 suiv. Sur Beau-Port (KaXôç Xi[ji,vîv) cf. Arrien, Perip. Eux. c. 30, et la note de Muller sur ce passage {Geog. min. Didot, I, 395).

(2) Memnon c. 30.

(3) C'est la monnaie d'argent avec BASI- lÂïM. (Weil, Zck.f. Xam. VIII, 329) précédemment attribviée au fabuleux Saulacès de Colchide. Brcuze du même roi : Sallet, ib. XVI, 3.

Page 1