LA TOUR DE NÉOPTOLEME
delà du Danube. Aucun renseignement précis ne nous est parvenu sur les rapports de Mithridate soit avec Tyras, soit avec les Gètes, mais Tanalogie permet de supposer que la ville grecque dut accepter son protectorat et le peuple barbare son alliance : la « tour de Néoptolème » , qui s'élevait à Tembouchure du Tyras (Dniestr) près du gros bourg d'Hermonax (1), devait sans doute son nom à un célèbre amiral de Mithridate, que nous retrouverons plus d'une fois; un autre général du roi, Dromichétès (2), porte le même nom que le roi gète qui fit prisonnier Lysimaque.
Scythes et Gètes, peuples en décadence, n'occupaient plus guère qu'une étroite bande de territoire au-dessus du littoral; le bassin moyen des grands fleuves russes, les riches plaines de la « terre noire », étaient maintenant le partage de deux grandes nations, les Sarmates et les Bastarnes : les premiers, proches parents des Sc3'thes et probablemment, comme eux, de souche aryenne ; les seconds , d'après Strabon , de race germanique plus ou moins mélangée (3). Les Sarmates, encore nomades pour la plupart, habitaient entre le Tanaïs (Don) et le Tyras (Dniestr) ; ils se divisaient, d'orient en occident, en trois branches principales : les Roxolans ou Reuxinales, de race douteuse, les Sarmates royaux (Basiliens) et les lazyges. Les Bastarnes peuplaient la Bessarabie, la Moldavie et une partie de la Galicie actuelles; depuis le début du if siècle avant J.-C. ils avaient fait aussi de fréquentes incursions en Thrace. Comme les Sarmates, les Bastarnes comprenaient trois tribus : Atmons, Sidons, Peucins, ces derniers vers les bouches du Danube (4).
Les généraux de Mithridate avaient déjà eu à combattre en Crimée les Roxolans, venus au secours de Palac; plus tard, à la veille de la rupture avec Rome, Mithridate dirigea une série de
(1) KtiiHf] "^EpiJ.covdtxToç, Strabon VII. ."5, 10. Cp. aussi I, '2. 1 (Mithridate et ses généraux ont fait connaître toute la côte depuis le Tyras jusqu'aux Palus-Méotides). On a cru retrouver les ruines de la tour de Néoptolème aux bords du lac Kimbet.
(2) Appien, J/zïA. 32; 41.
(3) Strabon VII, 3, 17. Cp. aussi Pline IV, 28; Tacite, Germanie, c. 4G. Le germanisme des Bastarnes est aujourd'hui contesté ; quelques savants font d'eux des Celtes.
(4) Strabon VII, 3, 17. Le langage de Strabon ferait croire qu'il compte les Roxolans parmi les Bastarnes, mais il n'y a là qu'une négligence de rédaction et ailleurs (VII, 2, 4) il distingue nettement les Bastarnes des Roxolans. En revanche il ne i-ange nulle part expressément les Roxolans parmi les Sarmates, et même une fois (II 5, 7) il les qualifie de Scythes. La forme 'Peu^'.va/.oi est employée par l'inscription de Chersonèse.