‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 57 sur 417 · MERCENAIRES CELTES ET THRACES · texte numérisé non relu

MERCENAIRES CELTES ET THRACES

du butin (1). Toutefois, surtout au début du règne de Mithridate, leurs sympathies étaient avec lui , et les incursions répétées des tribus thraces dans la province romaine de Macédoine furent attribuées, non sans fondement, aux intrigues et à Tor du Pont (2). Outre les Thraces proprement dits, Mithridate embaucha dans le Balkan les Coralliens, tribu sarmate ou illyrienne égarée (3); il établit aussi son protectorat sur les villes maritimes grecques , au moins jusqu'à FHémus. La preuve indirecte de ces relations nous est fournie par la numismatique : sur les monnaies d'Odessos (Varna), la principale cité grecque de cette côte, le portrait divinisé d'Héraclès ou d'Alexandre affecte pendant quelque temps les traits et la chevelure caractéristiques de Mithridate (4). La résistance désespérée que les villes du littoral thrace, Istros, Tomi, Callatis, Apollonia, opposèrent à la conquête romaine au moment même où s'engageait la lutte décisive avec Mithridate (73 av. J.-C), prouve également que là encore le mithridatisme avait dû pousser de profondes racines (5).

Dans le bassin occidental de l'Euxin, Mithridate cherchait des alhés et des soldats; il ne faisait pas, à proprement parler, de «.'enquêtes. Il en fut autrement dans le bassin oriental : ici plusieurs contrées furent incorporées directement au royaume de Pont, d'autres réduites à un étroit vasselage. Les premières acquisitions eurent lieu sur la rive orientale des Palus-Méotides. Les nombreuses et belliqueuses tribus qui peuplaient cette côte, réunies sous l'appellation commune de Méotiens , avaient reconnu à diverses reprises la suzeraineté soit des tyrans du Bosphore, soit des archontes de Tanaïs, qui, eux-mêmes, obéirent souvent aux Spartocides. Mithridate, désormais roi du Bosphore, pouvait se présenter ici en héritier légitime; il fallut cependant de nouvelles luttes pour faire prévaloir son autorité, A ces campagnes se rapportent sans doute deux prouesses de l'amiral Néoptolème : pendant l'hiver, il battit les barbares dans un combat de cavalerie livré sur les glaces du Bosphore; l'été suivant, au même

(1) Dion XXXVI, 11.

(2) Dion, fr. 101 , 2 Dindorf.

(•"0 Appien, 60, paraît les considérer comme des Sarmates. Strabon VII, ô, 12 ne se prononce pas. Sarmates au delà du Danube : Strabon VII , , 13.

(4) Friedlaender, Zeit.fiïr Num. IV, lô ; Th. Reixach, Trcls royaumes j p. 19G. (.)) Eutrope VI, 10 ; Strabon VII, 0,1.

SOUMISSION DES MEOTIENS.

endroit, il détruisit leur Hotte dans un combat naval (1). Le résultat fut la conquête définitive de Phanagorie et du district des Sindes, qui occupait le delta du Kouban. Peu à peu les tribus septentrionales se soumirent à leur tour (2). Les Méotiens in génère figurent dans le dénombrement des armées de Mithridate ; on cite expressément les Agariens, à la fois soldats et médecins (3), les Dandariens, dont le roi Olthac devait jouer plus tard un rôle très équivoque (4). Plus on remonta vers le nord, moins il fut question d'annexion : les dynastes des diverses tribus rendirent simplement hommage et amenèrent eux-mêmes, en temps de guerre, leurs cavaliers braves, mais turbulents. Quant aux puissantes peuplades des Aorses et des Siraques, qui avaient remplacé les Sarmates dans les steppes du nord-est, entre le Don, le Volga, la Caspienne et le Caucase, elles ne sont pas mentionnées au temps de Mithridate ; il était réservé à son fils Pharnace d'entrer en lutte avec elles (5).

Gorgippia, sur la mer Noire, était la dernière ville grecque de la Sindique. Au delà se déroule pendant 400 kilomètres une côte âpre, impraticable, surplombée par l'énorme muraille crénelée et neigeuse du Caucase occidental, le mont Corax des anciens. Dans maint endroit une poignée d'hommes peut barrer le passage à une armée, et les rochers ne cessent que pour faire place à des marécages fiévreux croupissant sous des nappes de fougères. Des tribus farouches, adonnées à la piraterie, vivaient blotties le long de cette côte et dans les forêts de la montagne. Elles ne se laissèrent pas entraîner par Mithridate; c'est sans doute à tort que deux d'entre elles, les Achéens et les Hénioques, sont mentionnées une fois parmi ses auxiliaires (6) : nous savons au contraire qu'en 80 av. J.-C. les Achéens détruisirent une

(1) Strabon II, 1, l(i : VII, 3, 18. Si cet épisode se plaçait pendant la guerre de Crimée, il serait mentionné dans l'inscription de Diopliante.

(2) strabon VII, 4. (I.

(3) Appien, MHh. 88. Un roi scythe du nom d'Agaros est mentionné par Diodore XX. 24 (01. 117, 3).

(4) Plutarque, Luc. 10, l'appelle '0/.6axo; Aavoapîtov ôuvâcTri:; Appien, Mith. 79, Ixuôr,: ovo(JLa 'O'/xàêa;; mais plus loin, §117:6 KoÀy/ov 5x^,71X00/0;, 'OX0àxY]ç qui paraît bien être le même personnage. Chez Frontin II, ô , 30 on trouve la forme visiblement corrompue Adathas.

(5) Strabon XI , (î , 8.

(<i) Appien, Jfltli. 09.

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