ACQUISITION DE LA PETITE-ARMÉNIE
les vallées du Lycos, du haut Euphrale et du haut Halys, dessinant comme le bastion nord-est de la péninsule anatolienne. Couvert par les ramifications du Scydisès, ce territoire comprend des plateaux herbeux où paissent des races de chevaux vigoureuses, d'épaisses forêts, et, dans les fossés de la citadelle , quelques plaines fertiles. La Petite-Arménie fut la première conquête de la race arménienne; elle fut aussi la première province de langue arménienne qui, après la chute de la monarchie perse, ressaisit son indépendance nationale. Sous les noms de rois, dynastes ou satrapes, elle eut, en fait, pendant tout le iii^ siècle, des souverains autonomes, rendant de loin en loin hommage aux Séleucides (1). Au siècle suivant, lorsque les autres pays arméniens s organisèrent à leur tour en États indépendants, les dynastes micro-arméniens entrèrent parfois dans leur alliance (2); mais leurs regards étaient plus souvent tournés vers le nord et Touest que v\^rs Torient. Nous avons vu Fun de ces dynastes s'allier avec Pharnace pour dépouiller la Cappadoce; ses successeurs cherchèrent un débouché vers la mer Noire et assujettirent les tribus affaiblies du Paryadrès occidental , Chalybes et Tibarènes. Néanmoins lorsque Mithridate, précédé d'une renommée de richesses et de puissance qui le mettait déjà hors de pair, fit mine d'attaquer la Petite- Arménie, le dynaste régnant, Antipater, fils de Sisis, n'osa pas affronter une lutte inégale. Les autres Arméniens étaient ou trop éloignés, ou occupés à se défendre contre les envahissements du Parthe : Antipater abdiqua en faveur de son voisin, et la Petite-Arménie, avec ses dépendances, forma désormais une partie intégrante du royaume pontique, dont la frontière se trouva du coup portée jusqu'à l'Euphrate (3).
Cette acquisition, plus importante peut-être que celle de la Colchide ou du Bosphore, complétait à merveille l'unité géographique du royaume de Pont. Les Arméniens devinrent très vite
(1) La Petite- Arménie sous les Perses fait partie de la 13*^ satrapie (Hérodote III, 93, et VII, 73, 79; Xénophon, Anab. III, ô, 17 ; IV, 3, 4). Le C( roi d'Arménie » Ardoatès qui restaure Ariarathe en 301 (Diodore, fr. XXXI, 19, 5), le « roi d'Arménie » chez qui se réfugie Ziaélas en 2()0 (Memnon, c. 12) doivent probablement être considérés comme des dynastes micro-arméniens ; de même le Mithridate, neveu d'Antiochus, Polybe, fr. YIII, 25. Le premier prince qualifié expressément de satrape de Petite- Arménie est l'allié de Pharnace, Mithridate (Polybe, fr. XXVI. 6) probablement identique au précédent.
(2) Strabon XII, 3, 28 , qui est aussi la source principale pour tout ce qui suit.
(3) Strabon, loc. cit. Eutrope appelle Mithridate Poiiti et Armeniae rex.