GUERRES D'ASIE MINEURE
On raconte que Mithridate, avant de se lancer dans la série de guerres et d'intrigues qui devait aboutir à la conquête éphémère de l'Asie Mineure, entreprit un voyage de reconnaissance à travers la péninsule. Accompagné de quelques amis dévoués, il la parcourut tout entière dans le plus strict incognito, « étudiant les villes et les contrées, notant l'emplacement de ses victoires futures (2). » Suivons le jeune roi dans ce voyage diplomatique et militaire; ce sera une occasion de résumer brièvement le tableau politique de l'Asie Mineure à, la veille des événements qui vont le bouleverser de fond en comble.
La carte politique de l'Asie Mineure, à la fin du ii° siècle, présentait un aspect singulièrement bigarré. Les deux puissances qui, au siècle précédent, s'y étaient disputé la prépondérance, les Séleucides et les Lagides, en avaient été expulsées l'une et l'autre : les Séleucides ne possédaient plus que la Cilicie plane, les Ptolémées l'île de Chypre, et aucune de ces deux provinces n'était comptée, à proprement parler, dans r<( Asie en deçà du Halys et du Taurus » , telle qu'on avait défini l'Asie Mineure dans le traité de 189, entre Antiochus et les Romains. Depuis l'année 133, oii Rome avait hérité des États pergaméniens, l'Asie Mineure se divisait en deux parties à peu près égales entre la république et ses clients.
Le territoire directement administré par Rome composait deux provinces : l'une, l'Asie proprement dite, formée dès le lendemain
(1) Justin XXXVII, 3-4; XXXVIII, 1-2, est ici la source principale, presqvie unique. Quelques renseignements épars chez Diodore (fragments du livre 36) et Plutarque (Marias et Sylla).
(2) Justin XXXVII, 3. Justin ne lui fait parcourir expressément que l'Asie romaine (Asia) et la Bithynie. Je ne puis m' empêcher de croire que les dédicaces de Délos (Append. II, no9) ont quelque rapport avec ce voyage de Mithridate et nous donnent, par conséquent, les noms de ses compagnons : Dorylaos, Gaios, Papias et X... fils d'Antipater.