‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 66 sur 417 · EXACTIONS DES PUBLICAINS · texte numérisé non relu

EXACTIONS DES PUBLICAINS

saient ses exactions et lui donnaient une part dans leurs profits. Il n'est question que de jugements vendus à deniers comptants, (le successions captées, de spoliations déguisées sous forme d'amendes arbitraires ou de cadeaux forcés. Peu importe à cet égard que le pacha soit un Romain de la vieille roche ou un raffmé de la nouvelle école, initié à la civilisation de la Grèce; barbare, son entrée dans une ville amie ressemblait à une prise d'assaut; dilettante et philliellène, il faisait main basse sur tous les objets d'art qu'il rencontrait : le provincial ne gagnait rien au cliange. L'entourage du gouverneur, questeur, légats, préfets, assesseurs judiciaires, copiait ses procédés en les outrant. Il arriva quelquefois, pourtant, que le proconsul ou propréteur fût un honnête homme : tel, par exemple, le grand pontife Q. Mucius Scévola, dont l'administration laissa un impérissable souvenir. Mais si les populations rendaient des honneurs presque divins à ces rares bienfaiteurs, les linanciers, lésés dans leurs intérêts, savaient assouvir leurs basses rancunes et empêcher, par de terribles exemples, le retour de pareils trouble-léte. C'est ainsi que, n'osant pas s'attaquer au grand pontife, ils firent condamner à l'exil, par une accusation mensongère de péculat , son questeur Rutilius , le plus honnête homme de son temps. Obligés de choisir entre le rôle de complices et celui de victimes, comment les fonctionnaires de Rome eussent- ils désormais hésité?

Au-dessous du monde officiel, administrateurs et financiers, grouillaient les gens d'affaires de toute espèce , qui s'étaient abattus sur l'Asie dans le cortège de ses conquérants. En quarante ans, plus de cent mille Italiens ou Romains se fixèrent dans la malheureuse province. Si, dans le nombre, il y avait incontestablement des commerçants honnêtes, des artisans laborieux, combien plus ne comptaient pour s'enrichir que sur les complaisances intéressées de l'administration romaine, combien cachaient sous le banquier l'usurier véreux, sous le négociant le voleur d'esclaves ! combien, enfin, de ces spéculateurs éhontés n'étaient que les prête-noms ou les associés clandestins des plus gros personnages de la capitale !

Sous l'action combinée de tous ces parasites publics et privés , l'Asie, malgré l'admirable fertilité de son sol, malgré le brillant •développement qu'avaient pris l'industrie, l'art, le commerce sous l'intelligente impulsion des Attale, l'Asie s'acheminait ra-

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