LA CAPPADOCE
gratitude parfois cynique des Romains, la Cappadoce s'éleva un instant au premier rang parmi les petits États de l'Asie Mineure. Son cinquième roi, Ariarathe Eusèbe Philopator, fut vraiment un noble souverain, dont l'attitude vigilante, ferme et désintéressée imposa le respect à tous ses voisins et fit sentir l'influence de la Cappadoce depuis les bords du Tigre jusqu'aux rivages de là Propontide.
La grandeur de la Cappadoce, due aux qualités personnelles d' Ariarathe V, ne survécut pas à ce prince. Sa mort glorieuse (130 av. J.-C.) (1) inaugura une longue période de troubles intérieurs, au milieu desquels le royaume s'affaissa rapidement. On sait déjà comment la veuve du roi, Nysa, tua cinq de ses fds, qui grandissaient trop vite au gré de son ambition. Le sixième, sauvé par ses proches, fut ramené sur le trône par une insurrection populaire, qu'avaient provoquée les cruautés de la régente (vers 125 av. J.-C.) (2). 11 régna obscurément sous le nom d'Ariarathe Épiphane, et fut assassiné, vers 111 av. J.-C, par un noble nommé Gordios qui, n'ayant pas réussi à saisir la couronne, fut réduit à s'enfuir dans le Pont : il n'en fallait pas davantage, dans ce siècle de crimes politiques, pour accuser Mithridate , à peine installé alors sur le trône, d'avoir été l'instigateur du meurtre d'Ariarathe, son beau-frère (3). Pour le moment, le fds aîné du défunt roi, un enfant encore, fut proclamé sous le nom d'Ariarathe Philométor; la tutelle et la régence furent exercées par sa mère, Laodice, qui ne tarda pas à se débattre au milieu d'embarras inextricables.
L'affmité de race, de langue, de religion entre la Cappadoce et le Pont avait créé un parti qui rêvait la réunion des deux royaumes sous une même souveraineté. L'affaiblissement d'une monarchie
(1) Il meurt pendant la guerre d'Aristonic (Justin XXXVII, l: XXXVIII, 2), c'est-àdire entre 131 et 129. Il est probable qu'il périt dans la même bataille que le proconsul Crassus, en 130.
(2) Justin XXXVII, 1. Il appelle, par erreur, la reine Laodice: les monnaies nous ont appris son nom véritable {Trois royaumes, p. 4(5).
(8) Justin XXXVIII, 1. Épipbane a régné au moins 15 ans, d'après les dates régnales inscrites sur ses drachmes (l'année 18, que donne Fr. Lenormant, Cat. Behr, n° 748, paraît mal lue) ; Philométor, 12 ans. On A^erra plus loin que la mort de ce dernier tombe presque sûrement en 99 av. J.-C. En admettant donc que nous possédions les dates les plus élevées des deux rois, on voit comment se justifient les indications du texte. Il faut d'ailleurs que la mort d'Epiphane se place au 2^1 as tôt en 111, puisqu'elle fut attribuée à Eupator, qui ne prit le pouvoir qu'en cette année.