‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 71 sur 417 · FACTIONS ET MOEURS DES CAPPADOCIENS · texte numérisé non relu

FACTIONS ET MOEURS DES CAPPADOCIENS

tombée en quenouille servait les intérêts de cette faction ; Tinvasion de Mithridate Évergète pendant la régence de Nysa, le mariage d'Épiphane avec une princesse pontique, son meurtre par un personnage qui passait, à tort ou à raison, pour un agent du roi de Pont, sont autant d'épisodes qui marquent les progrès de ridée unitaire et préparent son triomphe. Elle rencontrait néanmoins un obstacle dans la fierté turbulente de la noblesse cappa- (locienne et dans rattachement du peuple à la dynastie des Ariarathides, devenue vraiment nationale, nonobstant son origine étrangère. Ajoutons que la Cappadoce, malgré sa constitution monarchique, son apparente centralisation et sa division en dix préfectures ou stratégies, était restée un pays féodal, où les nobles, d'origine perse pour la plupart, avaient seuls voix au chapitre. Quelques princes ecclésiastiques jouissaient de revenus et de privilèges vraiment royaux; le roi lui-même n'était que le premier, et non pas toujours le plus riche, des grands barons iraniens (1). Enveloppée de steppes et de montagnes, éloignée de la mer, dénuée de villes, hérissée de châteaux forts, la Cappadoce fut le dernier pays de l'Asie Mineure où pénétrèrent la civilisation grecque et le régime citadin. Ils y furent introduits par ce même roi Ariarathe V, dont nous avons signalé la politique sage et brillante. Ce prince avait beaucoup voyagé dans sa jeunesse orageuse, visité l'Italie, la Grèce, où il se fit recevoir citoyen d'Athènes et se lia avec le philosophe Carnéade; il ramena dans sa cour des artistes, des lettrés grecs, transforma les deux principales bourgades du royaume, — Mazaca et Tyana, — en deux cités hellénisantes, dont la première adopta même les lois de Charondas. Mais, en même temps que la civilisation, la Cappadoce s'empressa d'emprunter les vices de la Grèce. L'usurpateur Oropherne, frère upposé d' Ariarathe, apporta de Priène, où il avait été élevé, la mollesse ionienne , le goût des longues orgies et du théâtre licencieux ; son court règne suffit à naturaliser ces produits frelatés de l'hellénisme en décadence, et la noblesse cappadocienne connut la pourriture avant la maturité.

(1) Cicéron, Ad Ait. VI, 1, 3 : Alii (quam Pompeio) neque t<o/rit cxiquam (Ariobarzanes) nec potest solvere. Nullum enim aerarium, nullum vectigal habet... amie! régis duo tresve jyet'dirites sunt; sed ii suum tam diligenter tenent quam ego aut tu. Cf. Horace, Ep. I, 39 : Mancipiis locuples eget aeris Cappadocum rex. Il est vrai que ces textes sont postérieurs aux grand? ravages de Mithridate et de Tigrane. Strabon parle de nombreuses gazophylacies royales, et qui dit gazophjlacîe dit trésor.

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