POLITIQUE DU SÉNAT ROMAIN
de la Propontide. A soixante ans passés, le vieux roi n'attendait qu'une occasion propice pour tirer vengeance de Rome et reprendre les projets conquérants de son aïeul Prusias.
Tel était, à grands traits, l'état politique de l'Asie Mineure vers la fin du siècle av. J.-C. L'on comprend que le jeune roi de Pont soit revenu de son voyage d'exploration avec de vastes desseins et de sérieuses espérances. Sur son chemin, il n'avait rencontré que royaumes en dissolution ou minés par les factions, confédérations sans force, républiques en décadence, provinces opprimées, à l'affût d'un libérateur. Presque partout, les prétentions éventuelles de Mithridate pouvaient s'appuyer sur un fondement historique : en Paphlagonie sur le testament de Pylémène, en Phrygie sur la donation de Séleucus Callinicos et la promesse d'Aquilius, en Cappadoce sur l'ancienne union des deux royaumes de même race, en Galatie sur les traités de Pharnace et le protectorat passager de Mithridaie Évergète. Même dans les républiques grecques, le sauveur des Hellènes de Crimée comptait de chaleureux partisans : à Héraclée, le parti démocratique méditait de lui donner la ville; à Rhodes, ses largesses lui avaient valu une statue publique. Seul de tous les États asiatiques, le royaume bithynien était à la fois indépendant et robuste; mais avec les ambitieux il est toujours facile de s'entendre.
Le difficile était> de s'agrandir dans l'Asie Mineure sans s'exposer à une lutte ouverte avec Rome, que le Pont n'était ni d'humeur ni de taille à provoquer. Mais l'expérience du dernier demisiècle avait appris que si le problème était délicat, il n'était pas insoluble. L'oligarchie romaine, de plus en plus menacée chez elle, avait soif de paix au dehors. Sa politique étrangère, principalement en Orient, semblait avoir pris désormais pour devise : Laissez faire ^ laissez passer. Les révolutions de l'Egypte et de la Syrie, les progrès des Parthes la laissaient indifférente; pourvu que le territoire actuel de la république demeurât intact, pourvu que les sources des revenus de l'État ne fussent pas compromises, peu importaient au sénat les éclipses répétées de son prestige et même la diminution de son intluence; on était déjà bien loin de cette fière aristocratie qui avait détruit Corinthe pour une insulte faite à son écusson et enfermé Antiochus Épiphane dans le cercle de Popilius. Bien des raisons expliquent cette inertie : la