ALLIANCE DE MITHRIDAÏE AVEC NICOMÈDE
décadence physique et morale d'une noblesse énervée par la soif des jouissances, la défiance justifiée envers un instrument militaire suranné dont les dernières campagnes avaient mis à nu l'insuffisance, enfin la crainte vague de donner à la démocratie, déchaînée par les Gracques, un chef dans la personne d'un général trop heureux. A ces causes d'abstention volontaire et d'effacement timoré, venaient s'ajouter depuis quelques années de graves sujets de préoccupation dans les provinces occidentales, qui détournèrent l'attention du sénat des affaires d'Orient. A peine délivré de la guerre longue et difficile contre Jugurtha, il avait fallu affronter le péril cimbrique. Des hordes barbares, descen- <lues du fond de la Germanie, inondèrent l'Illyrie, la Gaule, l'Espagne; en 105, les désastres successifs de Manlius et de Cépion ouvrirent l'Italie à l'invasion et jetèrent Rome dans la panique. Toutes les forces de la république et son seul général , le parvenu Marins , furent appelés en toute hâte pour défendre la frontière des Alpes. L'Orient, dégarni de troupes romaines, resta livré à l'ambition des petits rois.
L'occasion s'offrait belle à Mithridate de reprendre et de réaliser en quelques années les projets que son père avait caressés vainement pendant un quart de siècle. Il fallait, il est vrai, pour réussir, une armée solide, des finances élastiques, pas mal de tact joint à beaucoup d'audace, enfin un allié sur qui l'on pût compter. Mais tout cela, Mithridate l'avait ou croyait l'avoir. Ses premières conquêtes avaient rempli ses coffres et aguerri ses troupes; il possédait la force et la confiance communicative que donnent la jeunesse et le succès ; il connaissait aussi les moyens et l'art d'endormir les consciences et les craintes patriotiques des sénateurs : Jugurtha et son père Évergète lui avaient appris à réserver dans son budget un chapitre spécial aux fonds secrets, et les chefs du sénat romain étaient ses pensionnaires. Quant à un allié, le Bithynien, on l'a vu, s'offrait de lui-même. L'entente entre les deux rois fut préparée sans doute lors du passage de Mithridate; dès son retour à Sinope il conclut avec Nicomède un traité en bonne forme pour le partage des États voisins, à commencer par la Paphlagonie : singulière association où chacun des partenaires jouait au plus fm avec l'autre, et se réservait, au moment opportun, de prendre pour lui seul tout le gâteau !
Les entreprises de Mithridate en Asie Mineure, jusqu'à sa rup-