‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 77 sur 417 · MITHRIDATE ET SATURNINUS · texte numérisé non relu

MITHRIDATE ET SATURNINUS

un procès criminel. On sait le respect religieux des Romains pour le droit des ambassades ; Saturninus jouait sa tête , et le tribunal, — une commission extraordinaire, à ce qu'il semble, — composé de sénateurs, ne demandait qu'à condamner. Mais, le jour du jugement, Faccusé prit des habits de deuil, parcourut en suppliant les rangs du peuple, et excita si bien la pitié qu'une foule menaçante entoura le tribunal et arracha un acquittement aux juges terrorisés (I). En réalité, cependant, Mithridate avait obtenu ses fins. Le sénat ferma les yeux sur le vol de la Paphlagonie et de la Galatie; seulement pour donner un semblant de satisfaction à l'opinion publique, émue par ces éclipses répétées du prestige de Rome en Asie Mineure, le préteur Antonius, en 103, fut chargé d'iniliger une correction sévère aux pirates ciliciens et d'organiser définitivement la province romaine de Cilicie.

Si Rome, en renforçant son autorité au pied du Taurus, avait cru mettre un terme aux envahissements des deux rois coalisés, l'événement se chargea bientôt de démontrer l'inanité du calcul. Par le partage de la Galatie, Nicomède, comme Mithridate, était devenu le voisin immédiat de la Cappadoce : les vues des deux princes se portèrent simultanément sur ce royaume. Ses discordes intestines en faisaient une proie facile, mais cette proie ne se prêtait guère à une division et chacun des deux complices prétendait la garder pour lui seul. Ce fut Nicomède qui prit les devants. Entre les années 102 et 100, les Bithyniens franchirent brusquement la frontière de Cappadoce et occupèrent sans résistance la plus grande partie du pays. Dans le premier moment de terreur, la régente Laodice fit appel au seul protecteur qui lui restât en Asie, son frère Mithridate. Le roi de Pont, justement indigné du manque' de foi de son allié, promit aide et assistance à sa sœur; mais avant que l'armée pontique se fût mise en marche, Laodice s'était déjà ravisée : soit contrainte, soit persuadée, elle fit la paix avec Nicomède et lui signa même une promesse de mariage. Un pareil arrangement équivalait à l'annexion de la Cappadoce par la Bithynie; Mithridate déclara qu'il n'acceptait pas l'exclusion de ses neveux et prit fait et cause pour eux. L'armée pontique eut

(1) Diodore, fr. XXXVI, 15 (sur la procédure cf. Willems, Sénat romain, II, 487. note 2). L'ambassade eut lieu à la fin du 1^'" tribunat de Saturninus (dont la date est fixée par Plutarque, Marins, 14; De vir. ill. 73, 1), comme l'indiquent les derniers mots du fragment : xai auvepyov e^wv tov ôyjfxov , TiàXtv àvsppiQOY) ÔYjfxapy/j;.

Page 1