‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 79 sur 417 · MITHRIDATE ET MARRIS · texte numérisé non relu

MITHRIDATE ET MARRIS

reur panique, se débanda. La Cappadoce, dont la capitale même n'était pas fortifiée (1), fut conquise sans coup férir. Mithridate u'osa pas l'annexer ouvertement ; s'inspirant de l'exemple de Nicomède, il y installa comme roi un de ses propres fils, âgé de huit ans, qu'il fit passer pour l'héritier légitime de la couronne, l'enfant d'un quelconque des fds d'Ariarathe V, échappé par miracle au poison de Nysa (2). Le jeune prince reçut le nom et les surnoms de son prétendu aïeul, le roi le plus populaire de la dynastie : il s'intitule, sur ses monnaies, Ariarathe Eusèbe Philopator. On lui adjoignit pour tuteur et pour ministre Gordios, l'âme damnée de Mithridate (3).

Avant de quitter la Cappadoce (99 av. J.-C), le roi de Pont s'y rencontra avec Marins, qui avait vainement essayé de rallumer la guerre. Mithridate mit en œuvre tous ses moyens de séduction pour gagner le glorieux vétéran, mais le vainqueur de Jugurtha et des Cimbres, quels que fussent ses vices, tenait plus à l'honneur qu'à l'argent, et son cœur de soldat saignait au spectacle des avanies que Rome endurait depuis cinq années en Orient. « Tache d'être plus fort que les Romains, répondit-il à Mithridate, ou obéis en silence à leurs ordres. » C'était un fier langage, mais tout le monde à Rome ne sentait pas aussi romainement que Marins (4).

Le fils de Mithridate se maintint pendant cinq ou six ans sur le trône de Cappadoce (5). Son gouvernement, ou plutôt celui de Gordios , ne fut rien moins que populaire ; à un moment même, la cruauté et les excès des préfets pontiques provoquèrent un soulèvement général. Les Cappadociens appelèrent de l'Asie pergaménienne le frère puîné de leur dernier souverain légitime et le proclamèrent roi; mais Mithridate accourut avec une nouvelle armée, défit le prétendant et le chassa de la Cappadoce. Peu après

(1) Strabon XI, 2, 7.

(2) Justin dit (XXXVIII, 2, 5) : Ex eo Ariarathe genitnm , qui bello Aristonici auxilia Romanis ferens cecidisset. Mais ceci ne peut être pris au pied de la lettre, car Ariarathe Y était mort depuis plus de vingt ans et le fils de Mithridate n'en avait que htiit ; la fraude eût été par trop grossière.

(3) Justin XXXVIII, 1 ; Memnon, c. 30 (il appelle Ariarathe Philo métor : 'Apà6y]<; ).

(4) Plutarque, Marias, c. 31. Cf. sur le voyage de Marins Pseudo-Cicéron, Ad Brut. I, o. La date est certaine ; elle coïncide avec le rappel de Métellus.

(5) Les drachmes de ce prince vont jusqu'à l'an 6 (ou, d'après Friedlaeuder, jusqu'à l'an 6) pour reprendre ensuite à l'an 12, c'est-à-dire 88 avant J.-C. (^Trois royaumes de l'Asie 3Iineure, p. 51). Sur les drachmes ce prince s'intitule simplement Ariarathe Eusèbe, faute d'espace, mais sur son tétradrachme (de l'an 87 probablement) ses surnoms figurent in extenso.

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