LES ROYAUMES ARMÉNIENS
faibles, mais, môme vainqueurs, ils se contentent, pour prix de la victoire, d'un hommage de pure forme (1).
La défaite d'Antiochus à Magnésie fut, pour toute l'Arménie, le signal de l'émancipation définitive. Les deux lieutenants du roi dans la province, Artaxias et Zariadrès (2), — deux nobles iraniens, ce semble, — se déclarèrent indépendants dans leurs gouvernements respectifs et prirent le titre royal , avec l'assentiment et la protection du sénat romain. Ainsi furent fondés les deux royaumes arméniens qui subsistèrent pendant toute la durée du 11° siècle : au nord-est, la Grande- Arménie , ayant pour centre de gravité la vallée de l'Araxe, où s'éleva, sur un emplacement choisi, dit-on, par Annibal, la capitale, Artaxata; au sud-ouest, la Sopliène, dont la capitale, Çarcathiocerta, était bâtie sur les hauteurs qui dominent la plaine du Tigre (3).
Les deux États arméniens, malgré un retour offensif de la Syrie sous Antiochus Épiphane (4), assurèrent leur indépendance, s'arrondirent dans tous les sens et nouèrent même, pendant quelque temps, un lien fédéral avec la Petite- Arménie. Mais bientôt la Grande-Arménie , le royaume d'Artaxias, prit le pas sur les deux autres, et ses appétits conquérants obligèrent ceux-ci à chercher des protecteurs étrangers. On sait déjà que la Petite-Arménie s'attacha étroitement au Pont sous Pharnace et fut absorbée par ce royaume dans les premières années du règne de Mithridate Eupator. De même la Sophène aurait succombé dès le milieu du n° siècle si elle n'avait pas trouvé, auprès d'Ariarathe V, un appui aussi efficace que désintéressé (5); pour prix de sa protection, la Cappadoce s'appropria seulement, sur la rive gauche de l'Euphrate, la tête de pont de Tomisa, position stratégique importante et station obligée des caravanes qui transitaient entre le Halys et le Tigre (6). A la fm du siècle, les progrès de la Grande- Ci) Ardoatès en 301 (Diodore, fr. XXXI, 19, 5); Arsamès vers 240 (Polyen, IV, 17); Xerxès vers 215 (Polybe, fr. VIII, 25 ; Jean d'Antioche, fr. 53 = F. H. G. IV, 557). Un autre roi arménien est mentionné vers 260 par Memnon, c. 22. Quant à Abdissarès (Langlois^ Numismatique de r Arménie j p. 15 suiv.), j'hésite à le placer en Arménie, à cause de son nom sémitique. Samès appartient sans doute à la Comagène.
(2) Sur ce nom cf. Charès, fr. 17 (Script. Alex. Didot, p. 111» ; Athénée XIII, p. 575 A).
(3) Strabon XI, 14, 15.
(4) Diodore, Exc. Escur. 9 (F. H. G-. II, p. x) ; Appien, Syr. 45 66. Artaxias est déjà restauré en 161, (Diodore, Exc. Esc. 13 = F. H. G. II, p. xii).
(5) Diodore, fr. XXXI, 22; Polybe, fr. XXXI, 15 a.
(6) Strabon XII, 2, 1; cf. XIV, 2, 29.