PREMIÈRES CONQUÊTES DE TIGRANE
Arménie furent interrompus par les Parthes, qui avaient supplanté, en Médie et en Mésopotamie , les Séleucicles dégénérés. Le huitième Arsace, Mithridate le Grand, qui porta la puissance parthe à son apogée, entreprit vers la fm de son règne une campagne offensive contre les Arméniens ; il vainquit leur roi Artavasde (1) et emmena comme otage le prince royal Tigrane (2). Il ne consentit à lui rendre la liberté et le trône de ses aïeux (en 95 av. J.-C.) (3) que moyennant l'abandon formel de 70 districts ou « vallons » arméniens. L'Arménie, humiliée, mais non brisée, ni assujettie (4), se vit entourée désormais de toute une ceinture de petits États, plus ou moins inféodés aux Parthes, — Osroène, Gordyène, Adiabène, Médie Atropatène, — qui gênaient singulièrement son expansion.
Le prince qui ceignait la tiare d'Arménie sous ces tristes auspices (5) était de quelques années l'aîné de Mithridate Eupator (né vers 140 av. J.-C.) (6). Sans pouvoir se comparer à son voisin par le talent ni par le caractère, il avait, en commun avec lui, une ambition ardente qui devait bientôt rapprocher les deux princes. A peine monté sur le trône, Tigrane commença sa carrière de conquérant en attaquant le roi de Sophène, Artanès (7). La Cappadoce, impuissante à se défendre elle-même, ne pouvait rien pour son ancienne protégée ; elle avait dû même, tout récemment, mendier son concours et lui revendre, pour cent talents, la forteresse de Tomisa(8). Le dernier des Zariadrides, livré à ses seules forces,
(1) Justin XLII, 2, IG : Ad postremuni ArtoasJi (sic Gutschmid au lieu de Artoadisti) Armeniorum régi hélium intulit. Cf. ib. 4, 1 et Trogue Pompée, prol. 42.
(2) Justin XXXVIII, 3 ; Strabon XI, 14, 15. Appien appelle Tigrane « fils de Tigrane » {Si/r. 48) ; il n'était donc pas fils d'Artavasde, mais probablement son neveu (un des fils de Tigrane s'appelle Artavasde). Est-ilidentique au C( Tigrane, jadis satrape de Cholobétène(?)» d'Arrien? (Arrien, au livre 6 des Parthica; F. H. G. III, 588, fr. 4.) Il n'y a pas lieu de s'arrêter à la prétendue tradition arménienne (Moïse de Khorène II, 3 ; Jean Catholicos VIII, 9) d'après laquelle les Arsacides auraient installé en Arménie une branche cadette de leur dynastie.
(3) La date de l'avènement de Tigrane résulte de ce qu'en 70, au moment de Tambassade d'Appius Claudius, il régnait depuis 25 ans. (Plutarque, Lucidl. 21.)
(4) Strabon XVI, 1, 19 atteste formellement que les Parthes n'ont jamais conquis TArménie, et ailleurs (XI, 14, 15) que Tigrane était de la famille d'Artaxias.
(5) Il la ceignit à l'endroit même où il bâtit plus tard Tigranocerte (Appien, ]\fith. 07).
(6) Tigrane est mort entre février 56 (Cicéron, Pro Sestio, c. 69) et 64 (Plutarque, Crassusj 49), et il avait, à sa mort, 85 ans. (Lucien, Macroh. 15.)
(7) Et non Arsace (Étienne de Byzance).
(8) Strabon XII, 2, 1. Probablement à l'occasion de la guerre d'Ariarathe Philométor contre Mithridate.
T I G RAN E d'après une Médaille du Musée Britanniq"a.e