‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 83 sur 417 · RECONQUÊTE DE LA CAPPADOCE · texte numérisé non relu

RECONQUÊTE DE LA CAPPADOCE

futécrasé, et la Sophène, avec ses annexes (Acilisène, etc.), incorporée à la Grande- Arménie (1).

Par cette importante acquisition, Tigrane devenait le voisin immédiat de la Cappadoce, au moment même où Télection d'Ariobarzane ruinait dans ce pays l'influence de Mitliridate. Le roi de Pont conçut aussitôt le projet de mettre l'Arménien dans ses intérêts; quelle aubaine s'il pouvait reconquérir la Cappadoce sous le manteau de Tigrane sans dépenser un homme ni un écu, sans fournir à Rome un prétexte pour l'attaquer! Gordios, l'iiomme atout faire, fut chargé de négocier l'alliance entre Mithridate et Tigrane; il s'acquitta brillamment de sa mission, et pour affermir la confiance mutuelle des deux rois, l'alliance politique fut scellée par une union de famille : Tigrane épousa une des filles de Mithridate, Cléopâtre, princesse trois fois moins âgée que lui, mais douée d'une intelligence ouverte et d'un courage viril. En exécution du traité secret négocié par Gordios , les Arméniens franchirent l'Euphrate, en 93, conduits par le négociateur, et tombèrent sur la Cappadoce. L'incapable Ariobarzane, pris au dépourvu, n'essaya même pas la lutte ; il ramassa ses trésors et ne s'arrêta qu'à Rome. Les troupes de Tigrane mirent garnison en Cappadoce et Gordios, c'est-à-dire Mithridate, fut installé de nouveau comme régent (2).

Le tour était bien joué, mais cette fois encore on avait trop compté sur la longanimité du sénat romain. Les prières et probablement les trésors d'Ariobarzane émurent les pères conscrits; sa restauration fut décidée , et l'on chargea de l'opération un jeune général dont la réputation grandissante donnait déjà de l'ombrage à Marins, L. Cornélius Sylla. Désigné, au sortir de la préture, pour gouverner la Cilicie et ramener Ariobarzane, Sylla, avec un petit noyau de troupes romaines, grossi par les contingents alliés, franchit le Taurus, tailla en pièces l'armée improvisée de Gordios, puis un corps arménien accouru à son aide, et poursuivit les fuyards, l'épée dans les reins, jusqu'à l'Euphrate. C'était la première fois que les aigles romaines atteignaient ce fleuve; mais une surprise encore plus agréable y était réservée à Sylla. Un ambassadeur du roi des Parthes, Orobaze, vint le complimenter de la part de son maître, lui rappeler que l'Euphrate formait dé-

(1) Strabon XI, 14, 15.

(2) Justin XXXYIII, 3.

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