CHAPITRE PREMIER
LA RUPTURE (91-89 av. J.-C).
Au commencement de Tannée 91 avant notre ère, la domination de Rome sur l'Asie Mineure paraissait, de nouveau, solidement établie. Les deux clients indociles, Mithridate et Nicomède, avaient été mis à la raison, rejetés dans leurs anciennes frontières. Paphlagoniens et Galates étaient rentrés dans le désordre accoutumé. Un roi d'un dévouement servile régnait sur la Cappadoce, et si la campagne de 92 avait vidé ses coffres , elle semblait avoir affermi son trône. Même dans les provinces romaines, il y avait un peu d'accalmie , de détente : depuis la leçon que leur avait infligée le préteur Antoine, les pirates ciliciens se tenaient plus tranquilles, et la province d'Asie se ressentait encore de la courte mais féconde administration du proconsul Scévola; il avait été plus facile aux publicains d'obtenir l'exil de son conseiller Rutilius que d'effacer ses sages ordonnances et le souvenir de ses bienfaits (3).
(1) Sur la chronologie de la première guerre de Mithridate contre les Romains il existe une dissertation d'EMPERlUS, De temporum helli Mithridatici primi ratione , Gœttingue, 1829 (réimprimée dans ses Opuscula, Gœtt. 1847, p. 1-17.) L'auteur s'est créé des difficultés imaginaires en supposant une contradiction entre Appien et Plutarque, qui n'existe pas ; il n'a pas non plus utilisé les médailles.
(2) Source principale pour ce chapitre : Appien, Mitli. lO-lO, surtout les discours (fictifs) des ambassadeurs de Mithridate et de Nicomède , imités dès célèbres harangues des Corinthiens et des Corcyréens dans Thucydide. Pour les affaires de Bithynie, les fragments de Licinianus, p. 36, Bonn.
(3) Le procès de Rutilius est placé par l'épitomé de Tite-Live (ep. 70) entre la campagne de Sylla (92) et les rogations de Drusus (91), par conséquent dans l'une de ces deux années. Si le procès eut lieu aussitôt après l'expiration des fonctions de Rutilius, qui était