PTOLÉMÉES ET SÉLEUCIDES
deux fils légitimes de Physcon, Lathyre et Alexandre ; et laCyrénaïque, qui échut à leur frère bâtard, Ptolémée Apion. Quand ce prince mourut, en 90 av. J.-C, léguant ses États au peuple romain, le sénat s'abstint provisoirement de prendre possession de ce nouvel héritage : la Cyrénaïque, déchirée par les factions, fut condamnée pour vingt ans à la liberté, c'est-à-dire à Fanarchie (I).
Les anciens rivaux des Lagides, les Séleucides, étaient encore plus profondément affaissés. Dépouillés graduellement parles Parthes de toutes les satrapies supérieures, chassés de l'Iran, puis de la Mésopotamie, les descendants de Séleucus Nicator, moins de cent ans après la bataille de Magnésie, se voyaient réduits à la Syrie propre et à la Cilicie plane. Même dans ces limites étroites, ils s'efforçaient vainement d'arrêter les progrès d'une décomposition désormais fatale. La Comagêne au nord, la Judée au midi, se sont donné depuis cinquante ans des dynasties indépendantes; les riches cités de la côte phénicienne sont devenues de véritables villes libres, qui attachent bien plus de prix à l'amitié des pirates qu'à la protection de leur suzerain nominal, le roi d'Antioche. Il en est de même d'un grand nombre d'émirs, de dynastes plus ou moins arabes, qui pullulent chaque jour, comme l'ivraie dans un champ mal tenu, sur la lisière du désert ou dans la région du Liban. Battue en brèche de tant de côtés, la race, si fortement trempée, de Séleucus s'épuise encore dans des luttes fratricides, renouvelées à chaque génération, qui aboutissent eniin au schisme, prélude de l'agonie. Déjà Antiochus Grypos a dû se résigner au partage avec Antiochus de Cyzique, à la fois son cousin et son frère utérin. Après la mort des deux rois, la lutte se rallume entre leurs fils, puis entre leurs petits-fils. Les annales de la Syrie ne sont plus qu'un tissu sanglant de batailles, d'émeutes et de crimes, où l'historien se perd ou se dégoûte : quatre ou cinq prétendants se disputent parfois les ais de ce trône vermoulu; chacun d'eux détient une demi-douzaine de villes, quelques lambeaux de territoire, et, illusion ou dérision suprême, ces rois minuscules étalent sur leurs médailles, sur leurs inscriptions une titulature plus pompeuse que n'ont jamais fait les
(1) Le sénat ne prit possession des Etats de Cyrène qu'en 74 (Appien, B. Cir. I, 111). De là la légende des deux Apion : saint Jérôme sur Eusèbe, ol. 178, 4 ; S. Rufus, c. 13 ; Ammien Marcellin XXII, K), 24 ; Eutrope, VI, 11. Cf. Clinton, Fastt hellemci, 2" éd., III, 394.