P R Ë F ACE
le laisse , et aux Lecteurs et au tems, à décider de son véritable prix. Ce que je puis assurer , c’est que je n’en ai point fait où la vertu soit plus mise en jour que dans celle-ci. Les moindres fautes y sont scvérement punies. La seule pensée du. crime y est regardée avec autant d’horreur que le crime même. Les foiblesses de l’amour y passent pour de vraies foiblesses. Les passions n’y sont présentées aux yeux que pour montrer tout le désordre dont elles sont cause , et le vice y est peint par-tout avec des couleurs qui en font connoître et haïr la difformité. C*est-là proprement le but que tout homme qui travaille pour le Public doit se proposer $ et c’est ce que les premiers Poètes tragiques avoient en vue , sur toute chose. Leur Théâtre étoit une école où la vertu n’étoit pas moins bien enseignée que dans les écoles des . Philosophes. Aussi Aristote a bien voulu donner des réglés du Poëme Dramatique j et Socrate s , le plus sage des Philosophes , ne dédaignoit pas de mettre la main aux Tragédies d’Euripide. Il seroit à souhaiter que nos Ouvrages fussent aussi
solides et aussi pleins d’utiles instructions que ceux de ces Poètes. Ce seroit peut-être un moyen..
PRÉFACE
de réconcilier la Tragédie avec quantité de personnes , célébrés pat leur piété et par leur doctrine , qui l’ont condamnée dans les derniers tems , et qui en jugeraient , sans doute , assez favorablement, si les Auteurs songeoient autant à instruire leurs Spectateurs qu’à les divertir, et s’ils suivoient en cela la véritable intention de la Tragédie.
NOTE
DES RÉDACTEURS
IjE sujet de cette Tragédie est trop connu , etv de plus , assez suffisamment rappelé dans la Préface , pour que nous ne soyions pas dispensés dc= le détailler davantage ici»
JUGEMENS ET ANECDOTES
SUR
PHEDRE
« IL A Phedre d’Euripide a fait les délices d’Athenes , et fait encore les délices de ceux qui la lisent aujourd’hui, dit Louis Racine , dans ses Remarques sur les Tragédies de son pere. La Phèdre Françoise , après avoir eu d’abord quelques obstacles à combattre , a eu, depuis, un succès si constant , et soutient encore de si fréquentes représentations qu’elle doit être mise au nombre de ces Tragédies qui , indépendamment du tems et des circonstances , contribueront toujours à l’ornement de notre Théâtre. »
« Depuis près de quarante ans que Racine le fils a écrit ceci , on n’a point changé de sentiment sur cette sublime Tragédie. On la revoit toujours , très-fréquemment , avec le même empressement et la même admiration 5 et il n’est
JUGEMENS ET ANECDOTES , Sec. U
pas possible que le goût varie jamais sur cela.
« Cette femme si criminelle excite jusqu’à la £n de la Piece la compassion et la terreur , dit encore Louis Racine. Notre Poete , qui doit à * Euripide l’idée de ce caractère si admirable et si tragique / a la gloire de l’avoir toujours également soutenu ; ce qu’Euripide n’a point fait. Il n’a peut-être pas été si heureux dans le caractère d’Hippolyte. 11 auxoit dû , peut - être , avoit moins de complaisance pour son siècle , çt ne point introduire l’amour galant dans un sujet oy, l’amour tragique doit régner seul. C’étoit le seul défaut qu’y trouvoit le célébré Arnaud , qui avouoit que sans cet amour la Tragédie de Phèdre n’avoit rien que d’utile pour les mœurs.... j>
« Riccoboni rejette cette Piece de son Théâtre s et ce sacrifice d’un Ouvrage qu’il trouve si admirable lui coûte , dit-il , beaucoup j mais il le doit à la dé* licatesse des mçeurs . ... s» .
« Les Anglois n’aiment pas , dit-on , à voit Phedre sur leur Théâtre. La maniéré dont un Poëte a traité ce sujet en est, sans doute p la cause ; et il n’y a pas d’apparence qu’ils le rejettent comme sujet dangereux , puisque la
* JUGEMÉNS ET ANECDOTES
Jicence de leurs Spectacles a engagé un de leurs Ecrivains à faire imprimer un Ouvrage, en r 6y8 , intitulé De V impiété et de l'Impureté du Théâtre dnglois . Il y ose dire que si les choses continuent, c’est fait parmi eux de la Religion et de la vertu. Il soutient que le Théâtre d’Athenes étoit beaucoup plus pur que celui de Londres j ce qu’il prouve par l’exemple de Phedre. Il fait remarquer que le combat qui se passe en elle, cettè opposition entre la vertu , dont elle reconrfoît 'Ies loix , et le crime où sa passion l’entraîne , Ittréresse un Spectateur sage j au lieu que ces femmes sans pudeur et sans remords que présente le Théâtre Anglois , ne peuvent causer aucun plaisir aux Spectateurs raisonnables.... »
’ •« Le Poète Anglois qui a traité ce même sujet, en y réunissant l’intrigue de Baja\et , sc vante , dans son Prologue , d’avoir suivi Euripide, sans y parler du Poète François, dont il a pris plusieurs scenes et traduit plusieurs morceaux. »
« Voici le plan de sa Pie . e bizarre. >»
.ce Phedre y fait son affreuse confidence , non pas à une tendre nourrice , en secret , mais à un Ministre d’Etat , et à une Ismènc qu’elle ne
soupçonne