‹ Mithridate, tragedie de RacineChapitre 77 sur 107 · SUR PHEDRE · texte numérisé non relu

SUR PHEDRE

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soupçonne pas être maîtresse cTHippolyte. C’est Roxane qui confie son secret à Acomat et à Atalide. C’est en présence de ce Ministre ctd’Ismène que Phèdre fait à Hippolyte sa déclaration d’amour. Rebutée par lui , elle est si irritée , qu’Ismène, pour le salut de son cher Hippolyte, lui conseille , comme Atalidc à Bajazet , d’aller la trouver et de lui faire accroire qu’il l’aime. Il y va , et le Ministre vient , comme dans Bajazet , apprendre à Ismcne que les deux amans sont d’accord. Ismène , quand elle voit Hippolyte, lui reproche son infidélité. Hippolyte lui proteste qu’il n’a fait que donner de l’espérance h Phedre, sans lui promettre de l’épouser, et il propose à Ismène de se sauver avec elle. Son vaisseau est tout prêt. Le parti est accepté. Hippolyte l’emmene , en s’écriant : Habitans des bois , dorme ^ en paix ; je ne troublerai plus votre repos. L* amour seul m* occupe. Je vais , comme un autre Jason , emporter sur les mers une conquête plus précieuse que la Toison de Colchos. Phedre revient sur le Théâtre , et n’est plus une femme mourante. Elle a repris toute sa beauté j elle ordonne des prières et des réjouissances publiques j elle veut qu’on mette en liberté

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tous les prisonniers , et qu’on les régale , afin qu'il n'y ait aucun malheureux quand Phedre est heureuse. Tandis qu’elle se livre ainsi à sa joie, elle apprend qu’Hippolyte est parti avec Ismène.

Même fureur que celle de notre Phedre, quand elle apprend qu’elle a une rivale. Ismène et Hippolyte arrêtés sont amenés devant elle. Ismène se déclare seule coupable, pour sauver Hippolytc. Dans ce moment , le Ministre d’Etat entre , en criant : Horreur ! horreur ! Thésée revient. Tout s’enfuit. Hippolytc , qui reste, reçoit son pere avec un air embarrassé. Le Ministre d’Etat , qui a conseillé à Phedre de l’accuser la première , sc charge de la commission 5 et Thésée , trompé par lui, condamne son fils à la mort. On vient annoncer qu’il est mort : on l’a vu prendre un .poignard pour se percer. Phedre , forcée par scs remords , le déclare innocent , et rejette toute l’horreur de ce mystère sur le Ministre d’Etat» Thésée, en fureur , le menace de le faire cmpaller. Phedre prend un poignard pour le percer elle-même. Dans son troublj , elle levé le poignard sur son mari ; et , reconnoissant son etreur, elle se perce elle-même , en disant : Voilà asse j

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de crimes ... Si ce supplice ne suffit pas , Minos , tu feras le reste. Ismène veut se tuer aussi, lorsqu’Hippolyte , qu’on croyoit mort , paroît. Il a voulu , avant que de mourir , parler à son pere. Ce pere l'embrasse , lui apprend que tout le mystère est dévoilé. Ainsi la catastrophe , funeste aux coupables , est heureuse pour l’innocence. »

« Cet extrait suffit pour faire voir qu’une pareille Piece ne peut exciter ni terreur, ni pitié , ajoute^Louis Racine. ( Nous croyons qu’elle est plus propre à exciter le dernier sentiment que le premier. ) L’intrigue de Baja^et peut-elle trouver place dans un sujet dont l’action est un Prince aimé par sa belle-mere ? La Phedre Angloise est toujours détestable , et l’Hippolyte Anglois l’est aussi lorsqu’il lui fait accroire qu’il répondra à son amour..,. »

La Phedre de Racine n’eut qu’un succès trèséquivoque à ses premières représentations , par les précautions qu’avoient prises d’avance , pour la faire tomber , des personnes de distinction , telles que la Duchesse de Bouillon , le Duc de Nevers , Madame des Houlliercs et quelques autres , qui n’aimoient pas cet Auteur. Elles enga-

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gerent'Pradon à traiter ce même sujet , et à faire jouer sa Pièce au Théâtre de Guénégaud , en même-tems que l’on joueroit celle de Racine à celui de l’Hotel de Bourgogne. Boileau assure qu’elles firent retenir toutes les premières loges des deux Théâtres pour les six premières représentations des deux Pièces , et qu’elles laissèrent les loges de l’Hôtel de Bourgogne vuides , afin d’empêcher que les partisans de Racine , qui auioient pu les remplir , ne prévalussent contre les suppôts de leur cabale , répandus dans tout le reste de la salle $ au lieu qu’elles remplirent les loges et presque toute la salle du Théâtre de Guénégaud d’ennemis de Racine et de partisans de Pradon. Cette ruse leur coûta plus de quinze mille livres ; mais l'effet en étoit certain. La Vhtàre de Racine ne devança celle de Pradon que de trois jours. Madame Deshoulliercs ayant assisté à la première , rassembla chez elle à souper , le même jour , Pradon , de qui elle ctoit l’amie particulière , et plusieurs autres personnes de la cabale , et elle composa , pendant ce souper , le Sonnet suivant , qui fut le signal d’une querelle très-sérieuse pour Racine et pour Boileau , que

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