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qu’il s’était même employé dans les démarches préalables, puisque c’est lui qui s’était chargé d’envoyer prendre mademoiselle de Lespinasse à Chamrond. Les choses en étaient lii ;i la tin d’octobre, lorsque, quelques jours seulement avant le départ de mademoiselle i de Lespinasse, madame du Deffand lui fit des ouvertures sur un projet de vie commune dans un couvent de Paris, où elle songeait elle-même à se mettre comme pensionnaire. Il ne s’agissait plus ici de la vie claustrale h laquelle, bien malgré elle, s’était résignée mademoiselle de Lespinasse, mais d’une de ces retraites i décentes, que plusieurs communautés religieuses de Paris offraient h certaines pensionnaires d’élite, et qui,
I sans fermer la porte aux plaisirs du monde, en écarj taient seulement les médisances et les légèretés. Déjù [ presque aveugle, madame du Deffand sentait le besoin I de s’attacher une compagne dont l’esprit, la jeunesse, la grâce, l’aidassent à oublier ou du moins à supporter son malheur. Cette compagne, cette amie — le mot fut sans doute prononcé — ne l’avait-elle paS trouvée dans cette jeune orpheline qui avait tout pour elle, l’esprit, la gaieté, la tendresse, et qui ne manquait de naissance que dans la mesure nécessaire pour rendre possible une pareille convention. Au premier mot que lui en dit madame du Deffand, mademoiselle de Lespinasse entra dans ce projet avec toute son âme. Après la perspective de Lyon, il lui parut « que ce serait pour elle le comble du bonheur. » Restait l’exécution, et ce n’était pas chose facile, si l’on songe aux craintes des Yichy et des d’Albon, et aux rapports de parenté qui existaient entre eux et madame du Deffand. S’associer ainsi aux projets d’indépendance de mademoiselle de Lespinasse, c’était presque passer ù l’ennemi. Tout cela demandait, de la part de madame du Deffand, réflexion, préparation, négociation, et le jour du départ pour Lyon
arriva sans que rien eût été arrêté. La séparation de part et d’autre fut douloureuse, d’une douleur qu’on peut croire sincère, malgré les souvenirs amers qui existaient d’un côté et les appréhensions qui persistaient de l’autre.
« Je fus témoin, écrivait madame du Deffand à la duchesse de Luynes, des pleurs de mon frère et de ma bellesœur, et des supplications qu’ils lui firent de ne les point abandonner, ou du moins de leur promettre de venir passer tous les étés avec eux : les enfants, toute la maison, étaient en larmes. J’ai .l’honneur de vous dire ces circonstances, parce qu’elles prouvent qu’elle était aimée, estimée, et qu’elle ne se séparait point d’eux désagréablement. Elle me demanda en grâce de lui donner de mes nouvelles, et de trouver bon qu’elle m’écrivît ; j’y consentis avec plaisir. A peine fut-elle arrivée dans son couvent à Lyon, qu’elle écrivit à madame de Vichy, qui lui fit réponse. Pour moi, depuis ce temps, j’ai été en commerce de lettres avec elle 1. »
Cette correspondance et ces négociations durèrent près de dîx-huit mois, de la fin d’octobre 1752 au mois d’avril 1754, coupées par un séjour de dix jours que madame du Deffand fit h Lyon au mois d’avril 1753, et pendant lequel elle vit « tous les jours mademoiselle de Lespinasse, qui arrivait chez elle à onze heures du matin et ne la quittait qu’à six heures du soir, pour rentrer à son couvent, » où madame du Deffand lui avait fait obtenir une chambre particulière par l’entremise du cardinal de Tencin, archevêque de Lyon.
Avant de s’engager plus avant dans son projet de réunion, madame du Deffand s’en était ouverte à ce prélat qu’elle connaissait de longue date, dès la fin de la Régence, où on la voit très-liée avec la comtesse de Ferriol et ses deux fils, d' Argentai et Pont-de-Veyle,