‹ Mlle de Lespinasse et la Marquise du DeffandChapitre 12 sur 54 · Correspondance de madame du Deffand, t, I, p · texte numérisé non relu

Correspondance de madame du Deffand, t, I, p

MADEMOISELLE DE LESDINASSE

Icmps, niadaïuc du Deffaiid était prévenue, dans la demande qu’elle s’apprêtait à adresser aux Vichy, par une lettre de son frère qu’elle recevait h Mâcon, et dans laquelle celui-ci lui disait « qu’on lui mandait de Lyon qu’elle avait dessein de prendre mademoiselle de Lespiiiasse, mais qu’il s'y opposait formellement L »

Tout cela n’était pas en réalité bien terrible, car légalement mademoiselle de Lespinasse ne dépendait de personne. Mais madame du Deffaud se sentait liée par les convenances, et, tout en ne voyant dans la conduite du marquis et de la marquise de Vichy que « le mécontentement de ce que mademoiselle de Lespinasse les avait quittés et le désir de s’en venger, » elle ajourna l’exécution de son projet. Elle espérait ramener les Vichy au nom même de leur intérêt, « rien n’étant plus dangereux, suivant elle, que le séjour de mademoiselle de Lespinasse à Lyon; » et, si elle y échouait, mettre du moins les convenances de son côté. Elle manqua ce premier but, mais atteignit le second, et obtint l’assentiment de la duchesse de Luynes, Par son caractère comme par sa grande situation à la cour de Marie-Leezinska, celle-ci avait une autorité qui, en pareille matière, devait être décisive aussi bien auprès des Vichy qu’auprès du monde. Pour arriver il ce résultat, madame du Deffand, de retour à Paris vers le milieu de l’année 1753, ne s’était pas épargnée elle-même — ses lettres en font foi — , et avait mis en œuvre ses amis : le président Hénault, lecteur delà reine et partageant avec la duchesse de Luynes cette royale intimité; le cardinal de Tencin; l’évêque de Mâcon, De Lort de Sérigan de Valras, dont elle crut obtenir beaucoup en s’assurant sa neutralité et dont elle se déclara « très-contente, â ses colères près, qui

i. Corespondance de madame du Deffand, t. [, p. 204.

■ i nuisaient beaucoup h la conversation b » Cette adhésion j de madame de Luynes emporta tout, et le jour même où j elle reçut la lettre qui la contenait (8 avril 1754), elle écrivit ù mademoiselle de Lespinasse pour presser son arrivée à Paris et leur réunion. Après lui avoir exprimé « la joie qu’elle aurait de la voir et de vivre avec elle »,

' elle ajoutait : « Je vais écrire tout ù l’heure ù M. le , cardinal pour le prier de vous faire partirle pluslùt qu’il ; lui sera possible » C’était en effet M. de ïencin j qui avait tout préparé h l’avance pour ce départ de 1 mademoiselle de Lespinasse, lui ménageant la compaj gnie et la protection du procureur et de la procureuse I générale de Lyon qui venaient à Paris par la dili- I gence L » Malgré celle grave et magistrale escorte, le j voyage de mademoiselle de Lespinasse eut un peu l’air 1 d’une fuite, madame du Deffand lui ayant recommandé le plus grand secret.

Quand mademoiselle de Lespinasse arriva à Paris, au printemps de l’année 1754, madame du Detfand était déjà depuis quelques temps établie au couvent des Filles de Saint-Joseph de la Providence, dont les vastes biUiments, compris entre la rue Saint-Dominique et la rue de l’üniversilé, sont aujourd’hui occupés par le ministère de la guerre. Dans cette maison demi-pieuse, demi-mondaine, qui ù côté de religieuses cloîtrées accueillait, comme aujourd’hui l’Abbayc-aux-Bois, des femmes du monde qui n’en fuyaient que l’éclat et le

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