Lettre 53, p. t
trouvait de rival que dans d’Alembert. Nous nous le figurerons comme un spirituel paresseux, un aimable' égoïste, que l’esprit guidait plus que le cœur. Telle est du moins l’image que l’on s’en fait d’après Voltaire, qui l’avait bien connu. Apprenant sa mort en 1758, il écrit à madame du Boccage :
« Je suis touché de la mort de Forment, car je ne me suis point endurci le cœur entre les Alpes et le mont Jura. Je l’aimais tout paresseux qu’il était*, b
Et à Cideville, un ami commun :
« C’était le plus indifférent des sages ; je le regrette beaucoup plus qu’il ne m’aurait regretté ®. »
Enfin k monsieur de Tressan :
« Il était très-bon homme, mais il n’aimait pas assez... Madame de Graffigny avait, je crois, le cœur plus sensible. Les voilà tous deux arrachés à la société dont ils faisaient les agréments. Madame du Deffand, devenue aveugle, n’est qu’une ombre. Le président Hénault n’est plus qu’à la reine »
En mettant de côté monsieur de Forment, que sa charge de conseiller au parlement de Normandie retenait trop souvent éloigné, et qui mourra bientôt, deux hommes se détachent de tous les autres : le président Hénault et d’Alembert ; le premier, par droit d’une ; vieille amitié qui avait mérité jadis un nom plus tendre; le second, par sa précoce célébrité et par la vive sym- j palhie qu’il avait su inspirer à la maîtresse du logis; ! l’un presque septuagénaire, mais encore plein de finesse I et de grâce; l’autre âgé de trente-sept ans à peine et i joignant à une grande maturité d’esprit un enjouement, ,
1. Œuvres de Voltaire. Édit. Beuchot. Lettre du 27 décembre 1758, ! t. LVll, p. 658.